Alexandre Léger auteur rétro

Réflexions

Aujourd’hui: Morrissey, popstar et patriote. Une malédiction?

« Heaven knows I’m miserable now… »

C’étaient les années 80. Il était à la tête des Smiths, sorte d’Elvis fragile venu de Manchester qui chantait le mal de vivre des adolescents timides aux moeurs plus ou moins incertaines. Il suscita un culte autour du monde, notamment en France. Oui, chez nous, en particulier chez les étudiantes en Hypokhâgne, les types genre laiderons et les homos tandis que parallèlement sur ces terres c’étaient ces derniers qui en avaient fait leur héros. Ce qui donna ces curieux bataillons de jeunes folles aux crânes garnis de quiffs, résistance au gouvernement Thatcher qui se montrait particulièrement rude à l’égard des adeptes des amitiés particulières en ces temps de chômage et de SIDA.

Et Morrissey se produisait sur scène ou sur le plateau de « Top of the pops », des glaieuls dans la braguette ou une branche de je ne sais quoi à l’arrière de son jean.  » Last of the international playboys », « This Charming man » (Dédiée à Jean Marais) « The Queen is dead », « Meat is murder » étaient ses hymnes ou il était question d’enterrer la Reine (Un peu de respect quand même!) des frères Krays ou du végétarisme. Car oui, l’homme était et demeure un fervent de ce régime idiot. Personne n’est parfait. Les pochettes étaient à l’avenant, avec leurs photos empruntées au « Free cinema » des années 60, à Roger Mayne, ou montrant Elvis, Alain Delon, Jean Marais (Bis répetita) ou Joe Dalessandro (Quel beau torse!) Et il était le compagnon de chambre des solitaires dont il faisait passer les nuits et un peu plus.

Il cochait bien des cases pour la presse de gauche, toujours encline à récupérer ceux qui sont différents ou supposément en marge. Les Smiths se séparèrent, Morrissey poursuivit une carrière solo tandis que son guitariste se commettait avec un ancien de New order pour jouer de la musique de danse à la con. Morrissey, qui n’avait jamais renié les racines Rock’n’Roll de son groupe s’adjoignit quant à lui les services de l’ancien Polecat Boz Boorer, s’exila contre toute attente à Los Angeles – et ce en dépit de sa défiance envers l’Amérique dont il disait n’apprécier la culture que dans son contexte. Il y gagna le statut d’idole pour les Rockabilly greasers chicanos.

Mais il est vrai que tout patriotes qu’ils soient, les britanniques ont parfois la manie d’aimer leur patrie de loin (Alain de loin, comme diraient les Inconnus)

Les années passèrent jusqu’à ce que la catastrophe survienne. Au cours de la période récente, Morrissey ne fit pas mystère de sa méfiance, voire de son rejet, envers l’immigration de masse et des effets de celle-ci sur le Royaume uni. Il dérapa quelque peu quant il en vint à parler des chinois, mais bon, encore une fois, personne n’est parfait. Il poussa le mauvais goût en rappelant que le Nazisme était un sous-produit du socialisme, ce qui énerva beaucoup les tenants de la bienpensance. (Soit dit en passant, Hitler était lui aussi végétarien, mais passons) Ces derniers, fidèles à leur nature vindicative lui présentèrent la note sans tarder, amenant le chanteur à se retrouver sans label.

Les chiens de garde se réveillaient enfin. Pourtant, il y avait eu un précédent, et pas des moindres. Cela se passa en 1992, Oui, 1992, l’année de Maastricht ou quantité de loquedus et candides se ruèrent comme un seul ovin vers le mirage européen, considérant comme enviable la perspective de devenir les esclaves de Jacques Delors. 1992, quant Philippe Séguin se dégonfla devant Sire Tonton 1er qui jouait de son rôle d’oncle de la nation, de son âge vénérable et de sa maladie dont les journalistes osaient enfin parler. Il est vrai qu’il devenait difficile de cacher la chose tant Francisque Mitterrand affichait non plus un visage mais un masque mortuaire. Mais ce n’est pas le problème. En 1992, donc, le chanteur appela presque de ses voeux ce qu’on appellerait plus tard le « Brexit » dans des chansons de l’album « Viva hate », ainsi que le releva récemment l’hebdomadaire « Marianne ». Curieusement, des deux côtés de la Manche, la chose passa relativement inaperçue. Morissey, avec son goût pour la culture américaine, était et demeurait un authentique britannique et ne s’en cachait pas. Personne n’y trouva à redire. Il y eut bien quelques grincements de dents suite à la chanson « National front disco » (Référence au parti nationaliste britannique, devenu par la suite le BNP, ou British National Party, sans rapport avec une certaine banque) Mais ce fut tout.

Ce fut tout jusqu’à l’avènement de notre époque ou la parole est fliquée et l’ostracisme rampant. Morrissey en fit les frais, subissant même les foudres des « Simpsons », mais il s’en releva.

Ce que cette triste histoire prouve ( Qui, Dieu merci, ne se termine pas trop mal) c’est la récupération autoritaire que la gauche, en tout cas une partie d’entre elle, fait des artistes ou des marginaux, les croyant des leurs en raison de leurs particularité. C’est aussi la preuve de son intolérance, allant à l’encontre de ce qu’elle prétend incarner.

Fin de ce billet qui n’a d’autre prétention que de livrer un avis.


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