Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma américain

Aujourd’hui: Le futur n’est plus ce qu’il était, ou la décadence du cinéma de science-fiction américain au milieu des années 80.

« Repo man » de Alex Cox (1984) et  » Les aventures de Buckaroo Banzai à travers la huitième dimension/ The adventures of Buckaroo Banzai in the 8th dimension » de W.D Richter (1984)

Tiens, tiens, deux films sortis en 1984 relevant du même genre, est-ce vraiment un hasard? Oui et non. Oui, la date relevant du hasard et non, car ces oeuvres quoique très différentes ( J’y reviendrais) ont en commun de se situer à la fin d’une période, avec tout ce que cela suppose.

Mais avant d’aller plus loin, il convient de revenir en arrière. En 1977. 1977, année de « La guerre des étoiles » dont le succès fit plus qu’engendrer des suiveurs, ou même de relancer la science fiction que certains se plaisaient à déclarer morte. Ce qui était faux. De la série de « La planète des singes » à « Soleil vert », en passant par « L’âge de cristal », la SF fut plus que représentée pendant les années 70. Mais elle était dans le ton du cinéma de l’époque, bien souvent pessimiste, sinon désespérée. Cannibalisme, pollution, état totalitaire, l’avenir selon les créateurs d’alors s’annonçait des plus sombres.

Aussi la fantaisie puérile de George Lucas amena-t-elle le bol d’air attendu par le public et corrigea le tir quant aux thèmes abordés. Plutôt que de relancer la machine. Certes, « La guerre des étoiles » favorisa des projets qui n’auraient sans doute pas vu le jour et, plus largement, le genre.

Ainsi, outre les copies et parodies que devait obligatoirement engendrer un pareil triomphe, il y eut des produits fort divers. L’horreur spatiale de « Alien », le Space opera philosophique de « Star trek, le film » voire le James Bond cosmique de « Moonraker ». En 1980, « L’empire contre-attaque », la suite de la saga étoilée déboula dans les salles en même temps que « Le trou noir » et « Flash Gordon » , respectivement produit par Disney et Dino de Laurentis.

Quels que furent les scores des concurrents, ceux-ci étaient subordonnés à l’univers de Lucas, dont chaque nouvel opus semblait rythmer ce genre de cinéma. Puis ce fut 1983.  » Le retour du Jedi » parut, fermant la première trilogie. Et presque celle d’une époque. Soit, au même moment, les producteurs de toutes les bourses se montrèrent généreux quant aux aventures interstellaires entre les gros « Krull », les moyens »Le guerrier de l’espace » ( En relief!) et les petits « Metalstorm », production Charles Band, roi de la série Z californienne, il y avait de quoi s’amuser. Et il ne sagit que de la partie immergée de l’iceberg, celle que n’aurait pas vu le capitaine de la petite Annick. Et pourtant, et pourtant, certains signes annonçaient un changement. Les succès conjugués des « Aventuriers de l’arche perdue » ( Produits ironiquement par Lucas) ou de « Conan le barbare » prouvaient que l’aventure pouvait se passer des lointaines galaxie. De plus, et c’est mathématique, quant un genre arrive au sommet, il ne peut que tomber.

Ce fut précisément en 1983 que se tourna le rêve de millions de lecteurs: l’adaptation du loukoum mystico-gauchiste de Frank Herbert « Dune » sous l’égide de Dino de Lauentis et réalisé par un David Lynch peu concerné. Sorti l’année suivante, la chose se révéla un ratage complet, mettant fin à sept ans d’engouement pour l’intersidéral pelliculé. Pendant ce temps, arrivèrent des productions autres, dont « Repo man » et « Buckaroo Banzai » dont il va être question ici.

 » Repo Man »

Punk vivant de petits boulots dans une obscure banlieue californienne, Otto change d’emploi et devient « Repo man » sous les ordres d’un vétéran de cet étrange métier consistant à reprendre leur voiture aux automobilistes insolvables. Un jour, ils tombent sur une voiture abandonnée dont le coffre contient un mystérieux objet présentant un danger mortel, ce qui ne décourage pas pour autant les convoitises…

A la croisée des chemins du polar, de la science-fiction et de la comédie « Repo man »joue, pour le moins, sur plusieurs tableaux. Y compris dans son humour. Satire sociale, griffant à la fois la bourgeoisie – via les parents d’Otto soumis à un évangéliste- et la marginalité via les amis du jeune homme, punks parasitaires à la limite de la débilité mentale (C’est d’autant plus drôle que le réalisateur Alex Cox avait lui-même été punk, mis bon qui aime bien châtie bien) Parodie avec sa référence évidente à « En quatrième vitesse » et son « Mac Guffin » dont le mystère n’est pas ici contenu dans un coffret de fer mais une voiture.

Loin des Mille et une nuits qui nourrissaient l’imaginaire d’alors, « Repo man » jette un éclairage sur les laissés pour compte de l’Amérique confrontés au fantastique, chose rare au cinéma et peut-être dans la science-fiction plus qu’ailleurs. Il prédit en cela- sur un ton très différent toutefois-« Street trash » et ses clochards en bute à une liqueur mortifère, et se rapproche de son contemporain « Brother » et son extra-terrestre noir perdu dans le ghetto new-yorkais. Si son influence reste limitée, il annonce la fin d’une ère.

Drôle parfois, original toujours, maladroit et souffrant d’un rythme un peu défaillant, « Repo man » vaut néanmoins le coup d’oeil pour son caractère unique.

A suivre…


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