Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers-Le cinéma français.

Aujourd’hui: « Buffet froid » de Bertrand Blier (1979)

Tout commence par une rencontre par une gare du RER entre Alphonse Tram, un chômeur et un comptable. Ils séparent vite, le second ne voulant pas de la compagnie du premier. Plus tard, Tram, retrouve le comptable agonisant, un couteau dans le ventre, qui s’avère être celui de Tram. Ce dernier assiste le mourant avant de rentrer chez lui. C’est le début d’une série de rencontres ponctuée par des meurtres et rythmés par la musique de Brahms interprété par un ensemble à cordes.

D’abord, il convient de rendre hommage à Bertrand Blier qui vient de nous quitter. Un des derniers grands de notre cinéma qui ne trouvera pas de remplaçant. Encore un.

Maintenant, passons au film.

Vous avez déjà lu ( Forcément, comme l’aurait dit cette vieille pute de Marguerite Duras) le résumé. Avec la concision que vous me connaissez, il ma été bien difficile de concentrer l’intrigue de ce film…qui n’en a pas! Loin d’être un défaut, c’est la qualité et même l’essence du film. La ballade mortifère de trois paumés évoluant dans un monde que de nombreux critiques ont qualifié de déshumanisé mais qui est surtout privé de tout sens. Les personnages commettent des actes horribles ou y assistent sans que cela les affectent vraiment. Certes, le « récit » ( Si ce terme s’applique ici) a son tournant marqué par la fuite vers la campagne du trio formé par Depardieu, Blier et Carmet. C’est d’ailleurs l’un des rares moments ou les trois lascars semblent éprouver quelque chose. Mais cela relève du peu qui leur este : l’instinct de conservation.

C’est en tout cas vrai pour Alphonse Tram, le rôle de Depardieu, qui refuse le sort de la jeune femme incarnée par Carole Bouquet qui l’aide dans sa cavale mais se révèle être un ange de la Mort. Et accessoirement la fille du comptable assassiné avec le couteau de Depardieu au début du film. Une manière de respecter un tant soit peu la logique dans un film qui ne cesse de jouer avec celle-ci et de clore ce cauchemar sur une note bucolique. Un meurtre pendant une virée en barque un beau jour de printemps ensoleillé, histoire de faire contraste avec les immeubles surdimensionnés et les stations de métro et les pavillons de banlieue qui peuplent la première partie de « l’histoire ».

Oui, le décor compte ici. Les paysages urbains si familiers dans le cinéma des années 70, ces terrains vagues, ces constructions de verre et de béton (En l’occurrence les tours de la Défense) aux aspects si froids apparaissaient bien souvent sur les écrans. De « L’imprécateur » à « I comme…Icare » en passant par « Série noire » (Entre autres) ils faisaient à ce point partie des meubles qu’ils devenaient des personnages à part entière ainsi qu’un signe des temps, celui d’une urbanisation galopante et laide. Les histoires qui s’y déroulaient en étaient le reflet. En ce sens, « Buffet froid » en est l’exemple ultime, avec ces êtres écrasés, condamnés par leur environnement. Tant et si bien que la fuite est impossible. Le seul chemin ici est celui qui mène à la mort.

Laissez toute espérance. Mais gardez votre élégance, comme le fait dans ce film Bertrand Blier. Merci pour cela et pour le reste.


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