Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma français

Aujourd’hui:  » Le sucre » de Jacques Rouffio (1978)

Adrien Courtois, percepteur, investit dans le sucre l’argent d’un héritage touché par sa femme sur les conseils de Raoul courtier peu scrupuleux. Rapidement ruiné, Courtois s’en va trouver Raoul. Ce dernier, pris de remords, décide d’aider le malheureux fonctionnaire à regagner son bien.

La grande entreprise, la finance…Des sujets qui semblaient intéresser particulièrement le cinéma français de la fin des années 70. Pour preuve « L’imprécateur » de Jean Louis Bertuccelli et ses cadres en proie à un complot ou encore « L’argent des autres » de Christian de Challonge avec ses malversations financières et son son cadre supérieur au chômage (Sujet de chanson également, voir ou plutôt entendre « Il ne rentre pas ce soir » de Eddy Mitchell) Dans les deux cas, il s’agissait d’oeuvres graves. « Le sucre » choisit au contraire le ton de la comédie satirique et joue adroitement de ses personnages pittoresques très bien servis par le duo impayable formé par Jean Carmet en fonctionnaire candide une fois sorti de son bocal et Gérard Depardieu en escroc sympathique.

Le film est drôle mais, c’est bien connu, sous l’ironie perce la vérité. Si on ne peut s’empêcher de prendre le parti de Courtois (Jean Carmet) qui est victime dans l’affaire. C’est d’autant plus vrai de nos jours que cet état est devenu non seulement un statut enviable mai une condition sine qua non pour exister. Toutefois, outre cela et le rire que provoque le désespoir de ce petit porteur (C’est une comédie, rappelons le, nous sommes entre gens de bonne compagnie) i y a la cause du malheur de ce dernier: la cupidité.

Si celle-ci est universelle et intemporelle, le contexte du film lui donne une résonance particulière. C’et la fin des années 70, les Trente glorieuses sont déjà un souvenir et le chômage de masse gagne du terrain. La peur du déclassement voire de la déchéance s’étend dans les esprits. A cela s’ajoute une économie en voie de financiarisation avec les facilités et les dérives nouvelles induite par cette nouvelle donne. Aussi, dans ces conditions, la perspective de faire fortune sans trop se fatiguer tente-t-elle certains. Ou de se mettre à l’abri. Ces thèmes sont alors récurrents entre devenir quelqu’un par le biais de l’écriture (« e pion » de Christian Gion) ou avoir les bons numéros à la loterie (« Le gagnant » de Christian Gion, décidément, il est partout celui-là) ou plus modestement rêver d’une carrière dans la fonction publique (La bande de jeunes du « Piège à cons » de Jean Pierre Mocky qui ne pense qu’à la sécurité de l’emploi) Ce qui me permet de faire le lien avec un autre point important du film: l’état de fonctionnaire de Courtois. Réputé sans risques, parapluie imparable contre le licenciement. Or, une fois argenté, notre percepteur se lance dans un univers ou le risque est roi. Ce qui ne lui réussit pas comme le lui reproche Raoul en le traitant de « Pigeon de naissance » et de « Fonctionnaire ». Une façon indirecte qu’il suffit de peu pour réveiller la malhonnêteté chez le citoyen à priori au dessus de tout soupçon.

C’est ce que nous dit « Le sucre » derrière son apparente légèreté. Une farce sur la face sombre de notre société. Avant de finir, un mot de la distribution, outre les têtes d’affiche susmentionnées: Michel Piccoli (En grand manitou néo-libéral, rôle qu’il reprendra dan le plus sérieux « Une étrange affaire » de Pierre Granier-Defferre) RogerHanin (Dont le personnage de pied noir lui permit d’entamer sa résurrection cinématographique) Claude Piéplu, Georges Descrières (Le sosie de mon père) Jean Claude Dreyfus et tous les autres.

En bref, à revoir, ou à découvrir pour ceux qui ne le connaissent pas!


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