Aujourd’hui: « Le flingueur/ The mechanic » de Michael Winnner (1972)
Arthur Bishop, tueur professionnel très efficace souffre de neurasthénie due à la solitude inhérente à son métier. La rencontre avec Steve McKenna, un jeune homme qui n’est autre que le fils d’une de ses « cibles ». Une relation maître/disciple s’établit entre eux. Laquelle n’exclut pas les ambiguités.
Deuxième collaboration entre Charles Bronson et Michael Winner, « Le flingueur » fut un échec en son temps avant de gagner une réputation au fil des années au point de susciter récemment un remake, paraît-il piteux. Quoiqu’il en soit cette histoire fut largement commentée par la critique. Il est vrai qu’il y a matière à écrire sur l’histoire de ce tueur dépressif qui trouve un réconfort douteux autant que dangereux dans la personne de Steve McKenna, progéniture d’une de ses victimes. On parla d’homosexualité latente -Les deux hommes ont un rapport pour le moins distant avec les femmes, voir à ce propos la scène de la prostituée (Jill Ireland, madame Bronson à la ville) à qui Bishop demande de jouer la comédie de la femme amoureuse. Ou encore celle ou McKenna assiste amusé à la tentative de suicide de sa petite amie. Ce qui renforce encore cette impression, c’est l’échange presque tendre entre Bishop et McKenna dans un restaurant en Italie après la fin de leur mission.
Ceci dit, faut-il que la solitude de Bishop soit grande pour qu’il s’accroche à McKenna qui n’ignore pas qu’il est l’assassin de son père et apparaît dès le début comme un pervers et un fieffé petit con. C’était d’ailleurs l’emploi de son interprète Jan Michael Vincent, familier des rôles de morveux faisant tourner en bourrique ses aînés. Il faut à ce propos le voir en recrue hippie indisciplinée dans « Tribe 1970 » ou il ulcère Darren McGavin, sergent instructeur des Marines. Ou encore dans « La chevauchée sauvage », excellent western ou Vincent joue un participant à une course hippique dans l’Ouest américain qui paie son arrogance en devant sacrifier son cheval. Il s’achètera une conduite dans les années 80 en tenant la vedette de « Supercopter » série qui marqua François Léotard quand il devint chef des bateaux, chef des avions et chef des supercopters, mais je m’égare. Parenthèse fermée. Tout cela pour dire que cet aspect renvoie à un thème récurrent des années 70: l’isolement qu’on trouvait déjà dans « Conversation secrète » déjà traité dans ces pages.
Outre ces thèmes, il y a également une réflexion sur la violence dans l’histoire des Etats-unis et sa valorisation, ainsi que le prouve la discussion entre l’élève et son mentor lors de la visite d’un musée de cire. Devant une statue de Billy le kid, Bishop déclare que les hors la loi finissent souvent dans la peau de héros. Ce qui amènent à une considération en creux sur le temps et noue le lien à ce qui est le sujet central du film: la rupture des générations, le conflit des générations qui se conclue ici comme vous pouvez l’imaginer. Il est résumé lors du passage du duo dans un dojo dont le maître attaché aux traditions affronte un élève persuadé de pouvoir le battre parce qu’il utilise des techniques « modernes ». Bishop fait alors remarquer à McKenna qu’il va perdre parce que son soit-disant savoir et sa jeunesse l’aveuglent. Il donne indirectement un conseil à son disciple. Que celui-ci s’empressera de ne pas suivre. Ce que naturellement il paiera.
Preuve que le film d’action peut s’avérer métaphysique.
A bientôt!




