Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma français- Edition spéciale.

Aujourd’hui: Le patron, diable de la comédie française des années 70.

Le patron…objet de la haine de certains et notamment d’une partie des français, ces fameux gaulois réfractaires selon des mots de notre président, qui a décidément le sens de la formule, à défaut d’autre chose. Avide, tyrannique, dépourvu de scrupules voire d’humanité, parfois lubrique (Remettant ua jour le droit de cuissage sur les secrétaires, une figure classique fréquemment utilisée dan le porno, mais ce n’est pas le sujet) Bref, le patron est un démon, un diable, un monstre. Au choix. S’il ne s’agit pas ici de juger du bien-fondé de cette image, il est intéressant d’analyser la représentation de cet archétype social au cinéma. Notamment celui d’une décennie qui m’est chère, les années 70. Riche période pour le 7ème art de par le grand nombre de films de qualité qu’elle vit naître, ses excès et ses contradictions. Réactionnaire et contestataire, insouciant et désespéré, prophétique et trop marqué par son temps.

Puisqu’il est question du patronat et de contestation, l’époque ne fut pas en reste en la matière. Entre « La classe ouvrière va au Paradis » de Elio Petri et « L’argent des autres » de Christian de Chalonge, « Le corps de mon ennemi » de Henri Verneuil ou « La femme flic » de Yves Boisset (Lequel a souvent abordé le sujet) le patron qu’il apparaisse en filigrane ou en tant que personnage à part entière, est la source sinon de tout les maux, en tout cas d’une partie d’entre eux. Mais ces films appartiennent à un registre sérieux.

La comédie s’y intéressa forcément. Ce n’était d’ailleurs pas une nouveauté. Deux films notamment s’y attaquèrent, sortis la même année – 1976, en l’occurrence- « Le jouet » de Francis Veber et « L’aile ou la cuisse » de Claude Zidi.

« Le jouet »

Un journaliste fraîchement sorti du chômage consent à servir de « jouet » au fils de son patron, homme froid et autoritaire. Une relation complice va bientôt s’établir entre l’homme et le garçon (Attention, on est pas chez Cohn-Bendit!) laquelle va déstabiliser le père.

« Le jouet » c’est bien connu occupe une place à part dans la carrière de Pierre Richard. Alors que l’acteur était au sommet de sa gloire, le film (Le premier en tant que réalisateur de Francis Veber) ne fit qu’un score modeste. Et pour cause, le ton s’éloigne de l’insouciance habituelle de la filmographie de Richard, diluant son burlesque coutumier dans la critique sociale et un ton doux-amer. Certes, et ce pour bien marquer le lien avec le thème du jour, la critique sociale n’était pas une nouveauté en soi chez Pierre Richard. ce dernier passa à la moulinette les publicitaires (« Le distrait »), les jeux télévisés idiots (‘Les malheurs d’Alfred ») et surtout les marchands de canons (« Je ne sais rien mais je dirais tout ») Autant de piques adressées à la manipulation par le divertissement et, en creux, au pouvoir.

Cependant, dans « Le jouet », la critique est beaucoup plus frontale et prend un angle inattendu. Celui de l’affection paternelle qui ne parvient pas à s’exprimer chez le personnage de Michel Bouquet, impitoyable magnat à la mâchoire le plus souvent serrée. Si Pierre Richard occupe son emploi de lunaire qui dérange la partie par ses gaffes il est confronté à un roc qui ne se fissure que lors des derniers instants. Quand Bouquet prend conscience qu’il n’a jamais su montrer à son fils qu’il l’aimait. Il faut à ce propos reconnaître une certaine finesse à Veber dans le portrait qu’il brosse de ce patron qui, pour antipathique qu’il soit, demeure un être humain.

A suivre…


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