Aujourd’hui: « Histoire contemporaine » de Anatole France (1897-1901)
« Histoire contemporaine » est en réalité composé de quatre romans « L’Orme du mail », « Le mannequin d’osier », « L’anneau d’améthyste » et « Monsieur Bergeret à Paris ». Il s’agit d’une chronique située dans une ville de province qui n’est jamais nommée, volontiers satirique et dont le pivot est monsieur Bergeret, professeur mal marié qui se console chez les libraires et philosophe avec pessimisme sur les hommes et le monde. A travers lui, l’auteur brosse un portrait acide de la bourgeoisie provinciale et des idées reçues de l’époque.
Tétralogie satirique qui n’exclue pas la tendresse, « Histoire contemporaine » est une oeuvre riche de par la multiplicité des thèmes qu’elle aborde. Ces thèmes multiples ont pour fil rouge la mutation d’un monde. Et ce au travers de diverses situations. Celle de l’église au sein de laquelle s’affrontent un courant traditionaliste et un autre « progressiste » (Pape François, sors de ce corps!) Celle des bourgeois de province ébahis et consternés par la victoire des Etats-unis sur l’Espagne dans la guerre de Cuba. Ou encore l’antisémitisme persistant en dépit de l’accession de nombreux juifs à de hautes responsabilités, comme le montre le personnage du préfet.
En bref, à travers les existences de personnages insignifiants, Anatole France dresse bien une Histoire contemporaine, une Histoire, au sens de grande, c’est à dire de bouleversements que les médiocres personnages du récit ne perçoivent que par le petit bout de leur courte lorgnette. Mais il y aussi l’histoire intime, celle que seule la littérature peut décrire et raconter, celle du pivot du livre (Oui, le livre, les quatre romans n’en forment qu’un) monsieur Bergeret qui, contre toutes les conventions, n’apparaît qu’au milieu de « L’Orme du mail » Cette histoire intime est en fait celle de la libération de monsieur Bergeret, homme mal aimé et mal marié qui se libère de son encombrante moitié dans « Le mannequin d’osier » et achève sa délivrance dans le dernier tome « Monsieur Begeret à Paris », le changement de lieu étant un évident « Larguez les amarres ». Mais si la situation de Bergeret s’améliore, il en va tout autrement de l’état de la France, lequel tend à se dégrader au fil du roman. Et ce notamment à cause de la perte d’influence de l’Europe – et donc indirectement de la France- symbolisée par le triomphe militaire de l’Amérique. A cause d’une église dont les prêtres s’occupent moins du salut de leurs ouailles qu’au pouvoir qu’ils peuvent exercer. A cause enfin d’un patriotisme dévoyé qui ne songe qu’à la revanche contre l’Allemagne. A ce titre, l’auteur à travers son personnage principal se montre d’une inquiétante et impressionnante prescience quant à la première guerre mondiale et à l’influence grandissante des Etats-unis.
Le tout est dominé par l’ironie et le sensualisme marques de fabrique de notre ami Anatole, sensualisme à la fois discret et omniprésent. Pour la petite histoire, l’oeuvre parut d’abord en feuilleton dans « Le Figaro », « La revue de Paris » et « L’écho de Paris ». Fait intéressant, elle était sous ce format plus volumineuse, au point que certains chapitres en furent expurgés lors de la publication en volume et devinrent par ailleurs des oeuvres indépendantes tel « L’affaire Crainquebille » qui fut finalement édité à part sous le titre « Crainquebille »
A bientôt!


