Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma français

Aujourd »hui: « Je vous salue Mafia » de Raoul Levy (1965)

Ruidoza, un ancien mafieux devenu homme d’affaires est sur la sellette d’une commission d’enquête. Craignant le témoignage de Hamberg, un ancien complice résidant en France, il demande à son associé d’envoyer deux tueurs supprimer le gêneur. Tout change alors que les assassins sont en route. En effet, Ruidoza étant relaxé, un meurtre remettrait en question sa tranquillité si durement regagnée. Pendant ce temps, ayant eu vent des macabres projets le concernant, Hamberg se prépare à l’affrontement.

Il fallait bien qu’un jour je parle d’un film avec Eddie Constantine, mal aimé de la critique qui fut qualifié par Raymond Borde de « Crapaud posant pour une réclame pour dentifrice ». C’est injuste. Eddie Constantine était certes cantonné dans un emploi mais il le tenait bien et à ce titre incarne une frange non négligeable du cinéma populaire français. Pour ce qui est du présent film, il est à la vérité assez effacé, la vedette revenant aux deux tueurs joués par Henry Silva et Jack « The odd couple » Klugman. La présence de ces acteurs américains témoignent du méli-mélo international des productions de l’époque et bien sûr de la fascination d’une partie des français pour les Etats-unis. Toutefois, cette dernière fusionne – du moins dans ce cas précis- avec la culture française, preuve en est le film que regarde la paire dans d’assassins dans l’avion qui les emmènent en France: « Le gendarme de Saint Tropez »! Plus sérieusement, le duo U.S renvoie d’abord à la Série noire à la française – le film s’inspire d’un roman de Pierre Lesou, auteur du célèbre « Doulos » et ensuite aux binômes de meurtriers tarifés popularisés l’année d’avant par « A bout portant » de Don Siegel. Le film n’échappe pas non plus aux clichés sur les américains toujours étonnés dès qu’ils sont en goguette dans l’hexagone (Renaud Séchan, sors de ce corps!) C’est particulièrement vrai dans le cas du personnage de Jack Klugman qui ne se fait pas aux Gauloises. Ce tueur allergique au tabac de la Seita n’agit pas pour l’argent contrairement à son acolyte joué par Henry Silva (Parfait comme toujours, soit dit en passant) mais par vengeance, Hamberg (Eddie Constantine) ayant rendu folle sa soeur, ajoutant ainsi une dimension sinistre au rôle d’Eddie Constantine. C’est d’ailleurs le caractère le plus intéressant du film, pourvu d’une certaine culture et curieux de politique internationale. Il se demande en effet si les intellectuels expulsés par Hitler ne sont pas responsables de l’entrée des mauvaises idées en Amérique. Ce qui est hautement comique, sachant que Jack Klugman était juif.

Outre les comédiens, la mise en scène est intéressante et, ironiquement, se rapproche de la Nouvelle vague qui décriait tant ce genre de cinéma et qui pourtant se nourrissait aux mêmes sources. La filiation ne s’arrête pas là, considérant la présence au générique de Raoul Coutard, chef opérateur chérie de la bande des « Cahiers du cinéma ». Un paradoxe à méditer.

Au final, un polar de série certes mais au-dessus de la moyenne de par sa caractérisation.


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