Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma français

Aujourd’hui: « Dragées au poivre » de Jacques Baratier (1963)

Un jeune homme qui rêve d’être acteur se laisse entraîner par sa soeur entichée de « Cinéma vérité » dans une série de rencontres délirantes.

« Merci pour mon petit cadeau! »

D’accord, je ne me foule guère pour les résumés mais dans le cas de « Dragées au poivre », il est impossible de faire autrement. Sorte de film à sketchs qui mélange les styles et les tons (Parodie, burlesque, humour noir, comédie musicale, satire) et empile les ténors du cinéma français (Georges Wilson, Signoret, Marielle, Belmondo) lesquels se livrent à des numéros savoureux. L’un des plus célèbres étant celui de Bébel en légionnaire remerciant sa maîtresse d’un soir (Signoret) pour son « petit cadeau » Portrait acide de son époque qui prend pour cibles principales ses icônes culturelles (Représentée par la soeur du héros qui ne lâche jamais sa caméra) et le Yé yé, le film signe également – comme toute parodie, ce qu’il est- la fin d’une époque, celle du règne de la Nouvelle vague et annonce le déclin du Yé yé qui un peu plus tard s’effondrera face à Dutronc, Polnareff & co.

Mais « Dragées au poivre » est aussi le portrait d’une ville ou plus exactement une visite de ses lieux les plus insolites, et ,mieux, introduit l’étrange dans endroits familiers tel ce jardin public ou deux pères d’enfants monstrueux (François Périer et Jean Richard) se reconnaissent et se réconfortent. Un grand moment de rire grinçant!

Impossible d’évoquer « Dragées au poivre » sans parler de Guy Bedos pour partie à l’origine du projet, parfait en nigaud aux rêves de gloire qui s’imagine interviewvé par un par-terre de journalistes auquel il parle de son prochain grand rôle: Voltaire adolescent. Et puis il y a la musique, capitale en l’occurrence, de Serge Rezvani (Qui signe ici sous le pseudonyme de Boris Bassiak qu »il réutilisera ailleurs sous diverses déclinaisons) et la chorégraphie de Jean Babillée. Un mot enfin du réalisateur Jacques Baratier, cinéaste exigeant qui laisse seulement une poignée d’oeuvres étalée sur une soixantaine d’années, toujours originales, flirtant parfois avec le fantastique tel « La poupée » (1960) et qui fut révélé par « Goha » (1958) production franco-tunisienne ou un jeune Omar Sharif jouait une sorte de Forrest Gump des dunes.

En bref, une oeuvre qui ne ressemble à rien de connu, un OVNI formidable à (re)découvrir!


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