Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma japonais

Yakuza pop, deuxième partie.

« La loi yakuza/ Yakuza kiebatsuchi/ Yakuza law » de Teruo Ishii (1969)

Trois histoires qui mettent en scène les châtiments usités par la yakuza envers les contrevenants à trois époques différentes. Le XVIIIème siècle, le début du XXème et les années 1960.

« La loi yakuza » était le film idéal pour conclure cet article et ce pour plusieurs raisons. Outre qu’il arrive à la fin des années 60, il marque un tournant dans le genre qu’il illustre, celui de la violence. Certes, le cinéma japonais a toujours eu dans ce domaine quelques longueurs d’avance.  » La jeunesse de la bête » chroniqué auparavant en est un exemple et il date de 1963. En occident, il n’y a guère que le western italien qui pouvait alors rivaliser en la matière, lequel entretenait des points communs avec le film de sabre asiatique et s’en était inspiré. Après tout « Pour une poignée de dollars » de Sergio Leone était basé sur le scénario du « Yojimbo » de Kurosawa, lequel envoya une lettre à Leone ou il lui réclamait sur le mode ironique des droits d’auteur. Ceci étant le scénario de « Yojimbo » était lui-même une adaptation pirate de « La moisson rouge » de Dashiell Hammet.

Pour en revenir à « La loi yakuza », le film ne se distingue pas seulement par sa violence mais aussi par son cynisme. Il y avait jusque là une certaine neutralité, les cinéastes se contentant de complaire aux vrais gangsters en les dépeignant en masques de Kabuki figés à lunettes noires et coupe en brosse. Ou alors, c’était « L’éternelle épreuve sportive entre le bien et le mal » de Brasillach comme dans « Détective bureau 2-3 » de Seijun Suzuki dont le héros souhaitait à la fin du film un « monde sans yakuzas ». Ici, nulle noblesse, fut-ce celle de la vie dangereuse, nul flic pour assurer un peu de morale. Non, des gangsters qui torturent leurs pareils pour les faire marcher droit, asseoir leur pouvoir mais aussi exercer la cruauté la plus gratuite. Quant aux contrevenants, ils ne valent guère mieux dans ce panier ou, avec une sombre ironie, seul l’argent est rédempteur, ainsi que le prouve le dernier sketch de cette anthologie de l’horreur criminelle.

Teruo Ishii, le réalisateur, s’était fait une spécialité du sadisme avec son diptyque « Femmes criminelles » et « L’enfer des tortures » (Ou il était déjà question de punitions mais dans un autre milieu) ou ses premiers films dont certains appartenaient à la série « Line » (Des polars très osés pour leur époque, y compris aux normes asiatiques). Il était donc tout désigné pour livrer cette fresque sans espoir qui annonce la mutation du Yakuza eiga vers plus de sécheresse dont la grande saga criminelle « Combats sans code d’honneur » de Kinji Fukasaku sera un des exemples les plus achevés. En cela « La loi yakuza » est un film qui compte.


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