Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Littérature française

Aujourd’hui: « Les crabes » de André Héléna (1967)

Em Carry, reporter intrépide et beau gosse met par hasard le doigt sur une affaire de corruption financière initiée par des hommes jusque là préservés de la délinquance. En d’autres termes, des amateurs qui paient déjà cher leur inexpérience. De surcroît, des requins autrement plus affûtés ont vent de l’histoire…

Ce n’est pas la première fois qu’il est question de André Héléna dans cette rubrique. Mais cette fois, l’ouvrage qui va être traité ici n’appartient pas à la saga des « Compagnons du destin » mais à une autre série « Em Carry », héros récurrent ainsi que l’indique le résumé et, toujours dixit le résumé ci-dessus, reporter beau gosse et intrépide. Ses aventures s’étalèrent sur quelques volumes dans la collection « Spécial police » du Fleuve noir. Dont ces « Crabes ». En fait oui et non. Car « Les crabes » rédigés en 1967 ne furent publiés…Qu’en 2001! En regard des contraintes du Fleuve noir, ce refus n’a rien d’étonnant. Trop long et noyant le héros récurrent au milieu d’une myriade de personnages. Sans doute Héléna a-t-il péché par excès de confiance, croyant que le fait de promener son reporter ici et là suffirait à berner son éditeur. Quoiqu’il en soit, cela permet de faire la transition avec le véritable sujet du livre: la délinquance financière.

Il semble que ce roman perdu (Puis heureusement retrouvé, trop tard hélas, mais retrouvé) fut l’un des premiers polars français à aborder ce thème. Si la littérature classique n’hésita pas à y mettre les pieds. Balzac visita plus d’une fois le monde de l’argent, notamment dans « La maison Nucingen », Zola également avec le bien titré « L’argent ». Et si Flaubert n’aborda pas directement le sujet, certains de ses personnages appartiennent au monde de la finance tel Dambreuse dans « L’éducation sentimentale ». Mais le polar, du moins à ma connaissance, se tint à l’écart de ce monde. Ce qui ne fut pas le cas chez les américains avec « Tucker’s people » de Ira Wolfert qui devint au cinéma « L’enfer de la corruption/Force of evil » de Abraham Polonsky.

Donc, en un sens, le livre de Héléna est un livre pionnier ou l’auteur toutefois reste fidèle à lui-même. Comme toujours avec lui, des pauvres types s’embarquent dans une histoire trop grande eux pour eux, eux qui ne semblent avoir le choix qu’entre la médiocrité et le malheur. Comme toujours, on passe dans un laps de temps somme toute bref (En ce sens, Héléna est le roi du rythme) d’un personnage à l’autre sans jamais perdre le lecteur. Cependant, la déveine des tristes créatures de Héléna se situe quelques étages au-dessus des truands de ces autres romans puisque prenant pour origine une grosse banque d’affaire suisse. L’autre différence est la variété de ces pieds nickelés. Honnêtes pèlerins séduits tardivement par le démon de la carambouille, ou anciens aventuriers au passé de collabos. « Les crabes » se distinguent également par l’humour, notamment dans la description des amours adolescentes telles qu’elles étaient vécues alors (Quand les parents avaient encore de l’autorité et qu’internet n’existait pas, loin de Jacquie et Michel) Le fait est assez rare chez l’auteur pour être signalé.

En bref, un polar riche, courageux et original dont on ne peut que regretter la publication bien trop tardive. A lire? Absolument!


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