Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma américain

Aujourd’hui: Souvenirs de l’année 1980; sexe, psychiatres et perversions.

1980, drôle d’année. Selon le calendrier, les années 70 sont terminées. Dans les faits, ce n’est pas tout à fait exact un chiffre au compteur ne fait pas le changement d’époque. Il faut deux ans pour liquider une décennie, aussi les films dont il sera question participent-ils à cette entreprise. Les années 70 furent celles de la libération des moeurs, or la fin de cette même décennie vit apparaître quelques oeuvres qui questionnaient cette porte ouverte (Qui ne l’était peut-être pas tant que ça, mais c’est un autre sujet) « Hardcore » le polar de Paul Schrader qui chargeait contre le porno, et « A la recherche de monsieur Goodbar » de Richard Brooks qui lui s’en prenait aux bars à célibataires. Ces films avaient des allures de gueules de bois après la cuite et annonçaient par la même que ce d’aucuns nomment « La parenthèse enchantée » allait se refermer.

Les quatre films qui suivent prennent en un sens la suite de ceux cités plus haut en cela qu’ils désacralisent la liberté sexuelle, les droits de ce qu’on appellera plus tard les LGBT et…les psychiatres. Beaucoup parmi eux suscitèrent la controverse voire le scandale. « Cruising », plongée dans le New York homo prè-SIDA, « Fenêtres sur New York » et son harcèlement lesbien, ou « Phobia » un brin dubitatif sur les thérapies expérimentales. Tous, réussis ou ratés, avaient de quoi déplaire

Vous allez comprendre pourquoi.

Encore une chose avant de commencer: NE M’EMMERDEZ PAS AVEC LES SPOILERS. C’EST MON BLOG, JE FAIS CE QUE JE VEUX!

Voila, c’est dit.

« Cruising » de William Friedkin.

S’il est un film qui sentit le souffre, ce fut bien « Cruising ». Et ce avant même qu’il fut terminé. Sombre enquête sur des meurtres en série d’un policier en immersion chez les gays tendance Village people, le film de Friedkin s’inspirait d’un livre du journaliste Gerald Walker lui-même basé sur des faits réels survenus dans les années 60. Déjà, l’ouvrage en question avait été mis à l’index par la communauté gay qui le qualifia de (Je cite) « Parfait petit manuel du tueur de pédés » Il était donc logique que le Landerneau rose s’agite, ne reculant devant rien pour discréditer le film et surtout pas à envoyer ses troupes en plein tournage.

Pour faire vite, « Cruising » (Parfois intitulé « La chasse » en France) décrit trois choses. D’abord le parcours d’un homme confronté à un monde qui lui est inconnu et auquel il doit s’adapter pour atteindre son objectif – en l’espèce arrêter un coupable- et jusqu’à la crise d’identité. Ensuite, les moeurs d’un certain milieu, les gays fétichistes et S.M – frange par ailleurs très contestée de la vie homosexuelle. Enfin, la corruption policière et partant les rapports quelques fois très troubles qu’entretiennent les flics de rue avec ceux qu’ils sont chargés de surveiller – les prostitués, qui font évidemment partie du décor.

« Trouble’ le mot est lâché. Nom et adjectif. Trouble qui frappe le héros qui n’est pas si hétéro qu’il le croit, troubles ces agents qui sodomisent les travestis qu’ils viennent de rançonner, trouble cette scène ou le héros entre dans une boite de nuit ou tout le monde est en uniforme de flic. Sauf lui. Le seul policier dans la pièce. Trouble l’identité du tueur qui n’est pas établie à la fin de l’enquête.

A la vérité, le vrai sujet ici, c’est l’ambiguité. Dans un habillage racoleur il faut en convenir mais réaliste. La description de cet univers est en effet conforme à ce qui se se passait dans les clubs reconstitués pour l’occasion. Il est permis de ne pas trouver cela joli, mais si l’on appartient soi-même à ce monde, la vérité blesserait-elle? Par ailleurs, Friedkin ne porte aucun jugement moral sur ses personnages. Mieux, il les fait exister. Ironiquement, le milieu gay reconnut bien des années plus tard que les homosexuels étaient décrits comme des gens comme les autres en cela qu’ils avaient des problèmes de boulot, de logement et de couple. Quant aux choix visuels du cinéaste, il s’en expliqua de la manière suivante  » Des types en cuir sont plus spectaculaires que des mecs en polo qui se tiennent gentiment par la main! »

Donc, pas de vraie matière à scandale. A malaise tant certaines images sont dures. Mais si « Cruising » montre quelque chose qui est plus que jamais d’actualité hélas, c’est l’hystérie qui prend comme un feu de forêt dès lors qu’on fait entendre une voix qui n’est pas celle de la pensée dominante.

« Fenêtres sur New York/ Windows » de Gordon Willis.

Une jeune femme victime de viol se remet de son traumatisme quant elle subit à nouveau une agression du même type. Aidée par le policier chargé de l’enquête, elle va se rendre compte que ce deuxième viol a été téléguidé par une de ses amies, lesbienne amoureuse d’elle bien décidée à la dégoûter des hommes.

« Fenêtres sur New York », provoqua nettement moins de remous que « Cruising ». Il faut dire que personne ne l’attendait, et pour cause! Non que les noms qui étaient rattachés à ces « Fenêtres… » manquaient de talent. Un chef opérateur prestigieux qui passait le cap de la mise en scène (Pour la seule et unique fois) une excellente actrice principale (Talia Shire, venue comme Willis du « Parrain », partenaire de Stallone dans « Rocky ») un script qui, s’il était un peu faible, avait le courage de traiter du harcèlement au féminin. Alors, pourquoi si peu de vagues? D’abord sans doute parce que pour diverses raisons, l’homosexualité féminine a souvent moins fait recette que son équivalent masculin au cinéma. Ensuite, il faut le dire, si le film de Willis n’est pas sans qualités, il manque de force dans son propos et souffre d’un scénario finalement prévisible.

Néanmoins, il mérite qu’il s’en souvienne car il émane d’un certain air du temps. Ce qui lui fut longtemps reproché, entre autres dans le documentaire « The celluloid closet » consacré à l’homosexualité dans le cinéma hollywoodien. « Avec « Cruising » et « Fenêtres sur New York » les homosexuels étaient devenus des psychopathes! »

A suivre!


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