Aujourd’hui: Jean Edern Hallier
Il commença à scooter, termina à Bicyclette. Ce qui ne fut pas une arrivée sur les chapeaux de roues. Le jeu de mots est facile mais il y a avait une telle dimension clownesque chez l’ami Edern qu’il est difficile de garder son sérieux dès lors qu’il s’agit d’évoquer sa mémoire.
Certes, il ne fut pas qu’un pitre (A Pointe à Pitre ou ailleurs) Il était aussi un écrivain mais son ego exagéré même selon les critères admis en littérature dévora sa personne et partant sa vie. Suivant le principe de Mussolini selon lequel il faut s’affirmer partout ou on le peut, Edern promena son oeil unique sur tout les plateaux télé, les radios, en toutes occasions. Rien ne l’effrayait: de l’élection de Tonton à celle de Chirac, de la première guerre d’Irak (Il était contre) à la fête de Jeanne D’Arc (Se fendant pour marquer le coup d’un article dans « L’Action Française ») en passant par ses villégiatures chez l’ami Fidel Castro, eh oui le Lider maximo en personne, ce qui n’a rien à voir avec une marque de surgelés.
Et je ne parle pas de son passage chez « Les nuls ». Ni de sa tirade sur « Race d’ep » film manifeste sur l’homosexualité dont il assurait la promotion mieux que les auteurs eux-mêmes- En l’occurrence Lionel Soukaz et Guy Hocquengem-, pourtant présents. Avec la participation involontaires des Charlots. Et cette déclaration d’amour pour les moeurs antiques ne l’empêcha pas de traiter François Chalais de « pédé » lors d’une rixe télévisuelle mémorable.
L’on pourrait ajouter à cette liste déjà longue de ses faits d’armes son faux enlèvement et surtout, et c’est le plus important, ses démêlés présidentiels. En effet, et sans doute exagère-je, Edern se rêvait un destin à la Lamartine, se voyait homme de lettres et homme d’action. Quand l’art de la plume rejoint celui du sabre, ainsi que l’écrivait Mishima. Bon, on se calme. Edern avait manifestement le goût du chiqué (Cf: le faux enlèvement) et ne se serait sûrement pas ouvert le ventre en direct à la télévision. Par ailleurs – et ce n’était pas sa faute- le malheureux avait perdu un oeil suite à une négligence de sa nourrice. Ce qui lui barra la route d’une carrière militaire. Une honte pour qui est issu d’une longue lignée d’officiers. Quoiqu’il en soit, Edern se rêvait Lamartine, il ne fut que Victor Hugo. Ignoré par Giscard à qui il avait pourtant adressé une lettre dithyrambique, il se vengea du grand chauve via le pamphlet « Lettre au colin froid ». Si sa missive digne d’un champion olympique de la génuflexion n’en toucha pas une à VGE, son pamphlet lui laissa l’autre froide. N’importe comment, empêtré dans les camions de lait et des diamants centrafricains, pépère Giscard avait d’autres chats à fouetter. Et les choses en restèrent là.
Ou plutôt, cette foucade fut une répétition, une générale pour la grande scène du deux: son duel avec Tonton. Comme avec Giscard, il lui fit du plat, comme avec Giscard, il n’obtint pas le ministère qu’il avait tant convoité. Comme avec Giscard, il s’employa à écrire un pamphlet rageur….Mais, et c’est là que l’affaire prend une toute autre tournure. Quand Tonton eut vent de ce projet visant à éclabousser sa personne, il usa de tout son pouvoir contre l’agité breton. Les attaques présidentielles – auxquelles s’ajoutait un divorce- ne découragèrent pas Edern. Lequel parvint finalement à publier son livre -partiellement censuré- dix ans après sa rédaction « L’honneur perdu de François Mitterrand » (C’est être gentil, Tonton n’ayant JAMAIS eu d’honneur!) ou il se livre à un démontage en règle du nivernais. Evoquant pèle mêle Vichy, l’affaire de L’Observatoire, Mazarine et le crabe qui rongeait le vieux au nez et à la barbe des français. Certes, c’était à la fin du règne de l’intéressé mais cela demeurait courageux. Et souvent pertinent. Critiquant l’usage que Tonton avait de ses maîtresses, indigne selon lui de nos rois qui « Ne confondaient pas l’empire des sens avec le sens de l’empire » et raillant la cour, cette ignoble Mitterrandie. Ah comme il le détestait, ce conglomérat putride! Et, pour reprendre les mots de cette cintrée de Marie Cardinal: il avait les mots pour le dire. Voir sa galerie de portraits: « Gaystapette, sorte de Jacques Chazot qui ne saurait ni danser ni faire des mots d’esprit, il est frivole sans être artiste. » (Jack Lang) « Loukoum » (Serge Moati) « L’Attila des guillemets, inventeur d’insignifiances conceptuelles qui trempe sa plume dans l’huile de vidange » (Jacques Attali) etc.
Voila, c’est tout pour aujourd’hui. Je parlerais un autre jour des oeuvres littéraires de Edern, mais ce n’était pas le sujet du jour, vous l’aurez compris. Un dernier mot afin de conclure: malgré ou grâce à ses excès, Edern fut l’un des derniers des Mohicans littéraires, loin des eunuques contemporains. Aussi dis-je, crie-je même: vivement une relève!






