Aujourd’hui: « La machine à découdre » de Jean Pierre Mocky (1986)
Un chômeur est pris en otage par un médecin illuminé obsédé par la construction d’un hôpital destiné aux victimes de guerre. Accompagnés d’une jeune femme que le bon docteur a précédemment enlevée. S’ensuit une cavale cocasse et sanglante.
Par essence, Jean Pierre Mocky était un cinéaste inégal et controversé. Capable du pire comme du meilleur, abordant frontalement des sujets de société et doué d’une fantaisie acide qui n’appartenait qu’à lui. Ceux qui suivent ce blog le savent: j’en suis un très grand admirateur. Mais admiration ne signifie pas aveuglement. Ceci posé, allons-y pour cette « Machine à découdre » cru Mocky 1986.
Millésimé? C’est ce qu’on va boire! Euh, je veux dire voir, bien sûr!
Adapté d’un roman de Gil Brewer paru en 1955, le film se montre fidèle quant à la trame du livre mais diffère par le traitement forcément satirique du réalisateur. Si ce ton fait tout le charme de Mocky, ce dernier s’en est plus ou moins bien servi. Ici, cela fonctionne une fois sur deux. La faute à des personnages pour la plupart trop caricaturaux et, un comble pour Mocky, d’une banalité à pleurer: le maire, le yachtman, le propriétaire de piscine, l’agent immobilier, la cliente de celui-ci, grande bourgeoise froide et égoiste. Rien que des clichés que le metteur en scène ne cherche à épaissir un tant soit peu. Seule la petite fille qui joue du piano échappe à ce jeu de massacre maladroit. C’est d’ailleurs un moment de poésie bienvenu, un des atouts du film. S’ajoute à cela une musique insupportable et qui plus est envahissante.
Venons en maintenant aux atouts.
Les personnages principaux en revanche sont mieux brossés. Le chômeur victime puis ami du médecin fou, artisan doué et travailleur mais frappé par la déveine. La compagne du médecin, chanteuse guère plus veinarde, mystérieuse, ambigue ne manque pas de charme et pas seulement parce qu’elle passe la moitié du film à poil. Quant au médecin interprété par Mocky en personne, idéaliste obsessionnel à la gâchette trop facile, il est nimbé d’une irréalité renforcée par son costume blanc trop large et sa voix de fausset. Un concept plutôt qu’un personnage, une mauvaise conscience improbable autant que vengeresse malheureusement mal servie par ses proies évoquées plus haut. Les interactions entre ces trois êtres liés par le hasard, le danger et des destins cabossés sont d’ailleurs l’aspect le plus intéressant du film. Le chômeur et la chanteuse évoluent entre révolte, méfiance, et compassion tandis que le médecin demeure rivé à son idée fixe, horrible, horripilant et curieusement touchant dans sa sincérité…et dans son passé de médecin humanitaire qui l’a manifestement traumatisé. Monsieur Kouchner est bien loin.
Au final, un Mocky a demi-réussi. Sans doute expédié un peu vite, ce qui explique ses faiblesses. Heureusement, Mocky se rattrapera l’année suivante avec l’excellent « Agent trouble » On ne peut pas gagner à tout les coups!




