Féroces infirmes retour des pays chauds. Les vétérans – ou plutôt les revenants de la guerre du Vietnam armés et en lunettes de soleil.
Peu de guerres auront à ce point une mine pour le cinéma que la guerre que les américains menèrent dans les rizières. Alors que les avions de l’ Air Force déversaient encore leurs bombes sur les jungles asiatiques, Hollywood déversait déjà des films sur le conflit chaud bouillant. Néanmoins, ce ne fut que lors de la fin piteuse de la présence américaine au Vietnam que le rythme s’accéléra. Le Vietnam envahit les écrans touchant tout les genres du drame à la comédie en passant par l’horreur et bien sûr le film de guerre.
Toutefois, s’il est un thème qui fut abordé plus souvent que d’autres, ce fut celui du retour à la vie civile, forcément difficile. Voire pire. « Taxi driver » de Martin Scorsese constitua le mètre étalon de ce type de récit avec son ancien combattant qui croupit dans un emploi subalterne en quête d’un sens à sa vie. D’ailleurs, l’accroche publicitaire du film disait tout: »Dans chaque rue il y a un inconnu qui rêve d’être quelqu’un. C’est un homme seul, oublié qui cherche désespérément à prouver qu’il existe. » Et si Travis Bickle, l’antihéros de cette fable urbaine sordide ouvrit la voie aux égarés sombrant dans la violence pour conjurer le sort, il ne fut pas le premier.
Au sein de cette abondante cinématographie se détachèrent quelques figures remarquables, dont celles qui vont être traitées dans cet article. Andy Brooks, le zombie retour des rizières et Charles Rane, tué intérieurement par la captivité qui ne revit qu’une fois plongé à nouveau dans la violence et la tragédie.
Sans plus attendre, commençons par le commencement!
« Le mort vivant/ Dead of night/ Deathdream » de Bob Clark (1974)
Déclaré mort au combat, Andy Brooks revient contre toute attente chez lui pour le plus grand bonheur de tous, en particulier celui de sa mère. La joie suscitée par son retour est de courte durée, Andy se révélant froid, distant, étranger au monde qui l’entoure. Mais il y a plus grave. Des morts mystérieuses s’accumulent dont Andy pourrait bien être le responsable…
Bob Clark connut de nombreux avatars au cours de sa longue carrière, passant de la Sexploitation la plus exotique (« She man ») à la comédie pubertaire (« Porky’s ») avec entre les deux un thriller victorien à gros budget (« Meurtre par décret ») Dans ce parcours pour le moins éclectique, il y eut »Le mort vivant » sorti un an avant le retrait définitif américain du Vietnam. Le film appartient à la veine la plus sérieuse du réalisateur. Il met en effet la gravité qui sied à cette histoire qui traite du deuil impossible, de la désinvolture (Sinon du mépris) dont firent l’objet les anciens combattants du Vietnam et le mélange d’apathie et de ressentiment éprouvé par ces derniers. Clark brasse tout ces thèmes avec un certain courage mais il s’essouffle en cours de récit avant de se reprendre lors du dernier acte quand Andy assume son état de cadavre ambulant. Chaussant des lunettes noires et ce moins pour cacher la décomposition qui l’atteint que pour apparaître pour ce qu’il est: un spectre ainsi que la mauvaise conscience d’un pays qui a envoyé à la mort inconsidérément une partie de sa jeunesse. Il annonce en cela Rambo, et le fait que le surhomme guerrier de Stallone débarque dans un patelin inconnu et Andy Brooks soit chez lui ne change rien à l’affaire. Leur vécu en a fait des étrangers pour le reste du monde. En ce sens, Brooks est étranger chez lui. « I feel like a stranger in my hometown » comme chantait le King.
A suivre….


