Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma américain- Edition spéciale.

Evocations de l’année 1956, suite.

« Attack/Attaque » de Robert Aldrich (1956)

1944, front de Normandie. En plus des combats qui font forcément rage, deux officiers américains s’affrontent, le lieutenant Costa (Jack Palance) et son supérieur, le capitaine Cooney (Eddie Albert). L’objet de leur différend est la lâcheté de Cooney que Costa a découvert lors d’une opération. Cette inimitié est d’autant plus problématique qu’une nouvelle offensive se prépare…

« Attaque » aborde un thème rarement traité au cinéma – et à fortiori (A fortiori des hommes, comme auraient dit les Inconnus) dans les films de guerre- la lâcheté. Certes, il y a aux côtés du film de Aldrich « Amère victoire » de Nicholas Ray ou, dans une moindre mesure, « Croix de fer » de Peckinpah. Mais aucun -du moins à ma connaissance- ne se montre aussi frontal, ce qui est d’autant plus méritoire en regard de l’époque qui était plutôt à la gloire du guerrier. Parenthèse avant d’aller plus loin, je tiens à préciser que je ne cherche nullement à dénigrer l’Armée. Un pays en a besoin et si l’institution militaire peut comme toute institution être critiquée, le bien-fondé de son existence ne saurait être remis en question. Voila, c’est dit.

Poursuivons. Donc, « Attaque » est un portrait brutal de la lâcheté en temps de guerre, symbolisé par l’une des premières images du film, gros plan le torse du Capitaine Cooney qui se tient le ventre alors qu’il vient de recevoir une demande de renforts. Cela pose les choses d’emblée. La peur incarnée par ce ventre et ces mains sans visage, réduisant l’homme à son instinct de survie dans ce qu’il a de plus viscéral: ses tripes. Toutefois, fidèle à ses principes, Aldrich ne condamne pas ses personnages, aussi contestables soient-ils. Aldrich n’oublie pas que Cooney reste un homme. Et cette humanité éclate lors de cette scène terrible et pathétique quand l’officier pleure en évoquant son père qui le fouettait pour lui donner du courage. Et il serre une pantoufle comme un enfant son doudou tandis que les allemands rôdent autour de la bicoque ou il s’est réfugié avec ses hommes.

Ainsi que le disait Hélie de Saint Marc »La guerre est…une chose atroce, cause de blessures, ou l’être humain montre sa cruauté, sa lâcheté mais aussi parfois son courage. » En l’espèce, c’est la lâcheté qui éclate mais pas seulement. C’est également la manipulation au travers du personnage du colonel Bartlett (Lee Marvin admirable en salopard cynique) qui dissimule les « insuffisances » de Cooney pour préserver l’image de son unité qui l’obsède au point de travestir la vérité après la mort de Cooney et de l’ennemi de ce dernier, Costa. A ce propos, il n’est évidemment pas possible de ne pas parler de Costa, exact reflet inversé de Cooney. Véritable héros qui surmonte des blessures terribles pour rejoindre la maison ou se trouvent Cooney et ses soldats. Et qui tâche de préserver son humanité comme lors de cette scène ou il donne un coup de main au boulanger, métier qu’il exerce dans le civil. A le voir agir, on sent le désir de revenir à une vie normale. Sidney Pollack s’en souviendra pour « Un château en Enfer »

Mais le personnage le plus porteur de valeur positive demeure le lieutenant Woodruff (William Smithers). Lucide quant à l’état de Cooney qui confine à la folie (« He’s psycho! ») et courageux face à Bartlett qui lui déconseille de porter l’affaire sur la place publique.

A ce titre, « Attaque » est une sorte de fable avec une morale dont le fondement est le respect de la vérité. Soit, on peut émettre des réserves quant au personnage de Cooney. Il est en effet peu probable qu’un homme aussi peu courageux aurait été nommé officier, mais le cinéma a toujours un caractère allégorique – plus tard Michael Cimino dans un registre différent se livrera à cet exercice avec la scène démente autant qu’invraisemblable de la roulette russe du « Voyage au bout de l’Enfer ». Ironiquement, son interprète Eddie Albert était dans la vie réelle un héros qui sauva la vie de soixante dix de ses camarades des Marines lors de la bataille de Tarawa, ce qui lui valut la Bronze star avec le « V » de la valeur!

D’ailleurs, Albert jouera un officier des Marines dans un épisode de « Columbo », mais ça c’est une autre histoire…


Laisser un commentaire