Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma français

Comment Jean Rollin a terminé les années 70.

Aujourd’hui: « Les raisins de la mort  » de Jean Rollin (1978)

Jean Rollin,je l’ai déjà évoqué mais pas encore abordé. Aussi, afin de réparer cette lacune, ai-je décidé d’écrire cet article. Jean Rollin, un mythe en soi. Un des rares cinéastes, pour ne pas dire le seul en France à avoir construit sa carrière sur le fantastique, il reste encore pour cela dans les mémoires. Certes, il divisa la critique. Des films fauchés et poseurs proches de l’amateurisme pour les uns. Un poète du cinéma au ton unique pour les autres. Et chacun détenait une part de la vérité. Comme d’habitude. Avant de poursuivre, quelques mots à l’intention de ceux qui ne connaîtraient pas son univers. Ce dernier étaient peuplé de héros falots tombant dans les rets de belles vampires qui ne tardaient guère à tomber leurs robes déjà suggestives. Les scripts tenaient dans une boite d’allumettes et les dialogues ne valaient guère mieux que ceux d’un film porno (Rollin en réalisa d’ailleurs pour financer ses projets personnels) C’était du reste préférable, les acteurs jouant souvent comme des savates. Cela importait peu au maître plus occupé à créer ses images sous l’influence du cinéma muet, du surréalisme et du peintre Clovis Trouille. A la lecture de cette introduction, les néophytes se diront que le père Alexandre a décidément un étrange sens de l’humour pour présenter de façon tellement crue un metteur en scène nul de toute évidence. Eh bien non, quitte à me contredire à vos yeux, Jean Rollin n’était pas nul. En dépit de ses nombreux défauts, son cinéma avait son charme, avec son sens pictural, sa candeur assumée, sa capacité à emmener le public dans ses rêves.

Révélé en 1968 par « Le viol du vampire » qui posait les bases de son style, il continua bon an mal an jusqu’en 1984, année ou il entra dans une semi-retraite, mais c’est une autre histoire.

Entrons maintenant dans le vif du sujet, c’est à dire les deux films clôturent les années 70 pour Jean Rollin, à savoir « Les raisins de la mort » et « Fascination ». Commençons donc avec « Les raisins… » qui ont de drôles de pépins!

Un pesticide transforme en monstres avides de sang les habitants d’une région viticole. une jeune femme qui a échappé à la contagion fuit espérant trouver d’autres personnes épargnées par le mal.

C’est une drôle d’idée mais la chronologie me force à évoquer en premier le film de Jean Rollin…qui ressemble le moins à Jean Rollin. Loin des châteaux et des cimetières aux allures gothiques, « Les raisins de la mort » plonge au contraire dans un monde contemporain cauchemardesque ou le mal qui ronge les infectés victimes des raisins du titre est en fait une métaphore de l’avidité qui détruit la nature et fabrique des monstres. Proches par certains aspects du Bis américain paysan « Les raisins de la mort » évitent les travers souvent reprochés au cinéaste avec un scénario cohérent et moins d’extravagances poétiques que de coutume. Il a par ailleurs le mérite de faire partie des premiers films d’infectés, suivant en cela de près l’excellent « Rage » de David Cronenberg réalisé un an plus tôt. Très dans son époque, vous dis-je!….Sans compter le Gore très présent, signe d’une violence plus directe, également inhabituelle chez Rollin. Pour la petite histoire, ce dernier eut recours à un maquilleur italien Alfredo Tiberi pour réaliser les effets spéciaux, et ce faute d’artisans français versés dans ce domaine, notre pays n’en comptant pas de ce type en cette fin de décennie.

On remarquera bien sûr la présence de Brigitte Lahaie, grade amie de Jean Rollin qui l’avait dirigée dans ses pornos alimentaires, qui envisageait alors sa sortie du X.

A suivre…


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