Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma japonais.

Aujourd’hui: « Le lézard noir/Kuro tokage/ Black lizard » de Kinji Fukasaku (1968)

Une cambrioleuse, as du déguisement, surnommée « Le lézard noir » enlève la fille d’un milliardaire dans l’intention d’obtenir une rançon (Bien sûr!) Retenant son otage dans lieu connu d’elle seule, il convie l’inspecteur chargé de l’enquête à un huis-clos ou la criminelle et le policier vont se livrer à un duel verbal jusqu’à la résolution du mystère.

« Le lézard noir » ou l’archétype du film culte. Source persistante de fantasme en raison de son caractère étrange et sa longue invisibilité, il coche les cases de l’objet filmique d’autant plus désiré que rares sont ceux à l’avoir vu. Mais cela a changé. Désormais accessible grâce à internet et aussi au regain d’intérêt pour son interprète principal – oui, celui qui joue la cambrioleuse- Akihiro Maruyama alias Miwa, chanteur et acteur travesti très célèbre au Japon. Personnage flamboyant qui assumait sa différence entre tradition (Celle des « Onnagata », du théâtre Kabuki, spécialisés dans les rôles de femmes) et modernité – celle de la libération des moeurs qui secouait le monde durant les années 60, période ou Miwa explosa. Ce dernier fit non également parler de lui pour ses relations amoureuses avec l’écrivain Yukio Mishima qui le désirait follement. Hélas, ses sentiments n’étaient pas partagés. Miwa prenait d’ailleurs un malin plaisir à faire enrager l’auteur , ce qui n’empêcha pas ce dernier (Et peut-être même l’encouragea, qui sait?) de travailler pour lui. Il adapta donc en conséquence pour la scène « Le lézard noir », roman d’Edogawa Ranpo, vu comme le « Simenon nippon », ce qui se discute, mais ce n’est pas le sujet (1). Bon, tout cela est bel et bon, mais quid du film lui-même? Ne vous inquiétez pas, j’y viens. Eh bien, c’est l’adaptation théâtrale qui a servi de base au scénario et non le livre. Et c’est bien ça le problème. En dépit des efforts du réalisateur Kinji Fukasaku (Choix curieux en regard des thèmes habituels, yakuzas et jeunes délinquants), l’action demeure statique. Il y a de jolies couleurs psychédéliques, époque oblige, et surtout la présence de Miwa. Non que ce dernier soit particulièrement intéressant, mais le parti-pris de lui faire jouer un personnage présenté comme une femme (C’est d’ailleurs une des différences majeures avec le roman ou le lézard noir était un champion du déguisement à la manière d’Arsène Lupin, figure française qui fascina d’autres artistes de l’archipel, voir le manga Lupin) Certes, ce n’est pas un cas unique mais généralement, c’est dans un but comique. Dans les films de John Waters, notamment. Mais là, il n’est pas question de cela. Tout es sérieux, en dépit de l’atmosphère fantaisiste de la chose.

En guise de conclusion, un film dont l’intérêt se trouve surtout dans ses origines. Sa seule valeur propre vient de la personnalité de son acteur et de l’usage qui en est fait. Il prouve par ailleurs que souvent- pas toujours mais souvent- les films cultes valent d’abord par l’obsession qu’ils suscitent. Quitte à décevoir quant ils paraissent pour ce qu’ils sont. Mais, encore une fois, ce n’est pas toujours le cas. En l’occurrence c’est vrai pour « Le lézard noir » qui peut – du moins pour ce qui me concerne- se regarder comme une curiosité. Ou un argument pour les théoriciens de la grande déraison, xénogenrés et assimilés.

(1) Edogawa Ranpo, de son vrai nom Taro Hirai, prolifique auteur de romans policiers tirant fréquemment vers le fantastique, qui tenait on pseudonyme de l’écrivain américain Edgar Poe. Edogawa Ranpo est en effet la transcription japonaise de Edgar Poe.


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