Aujourd’hui: « Monsieur Hire » de Patrice Leconte (1989)
Monsieur Hire, tailleur solitaire, misanthrope et voyeur à ses heures noue une histoire d’amour avec une des jeunes femmes qu’il espionne. Cependant, il est au centre d’une enquête de police portant sur le meurtre d’une autre jeune femme.
Michel Blanc venant de nous quitter, il était opportun de lui rendre hommage. Il avait le don si rare de faire rire et comme beaucoup de ses pareils, il souffrait de cette malédiction qui fait que « être comique ce n’est pas sérieux » Alors que c’est si dur. Et comme certains de ses semblables, il ne gagna la reconnaissance que lorsqu’il se convertit au registre du « Sérieux ». Quant il tourna en 1989 dans « Monsieur Hire », c’était déjà entendu depuis son rôle dans « Tenue de soirée » de Bertrand Blier en 1986, qui marqua pour le comédien le grand départ vers d’autres rôles.
Mais là ou le film provocateur de Blier gardait des traces d’ironie, celui de Leconte brille par sa sobriété et son sérieux. Logique. Changement de genre donc changement de ton. Pas de grimaces ici, mais des mimiques discrètes pour traduire une émotion. C’était ce qu’il fallait pour incarner ce personnage misanthrope avare de paroles et raide dans son maintien. C’est bien plus pour cet abord décourageant la sociabilité que pour sa culpabilité présumée que Hire fait l’objet des attentions suspicieuses de l’inspecteur chargé de l’enquête (André Wilms, fraîchement débarqué de « La vie est un long fleuve tranquille »). Car un homme seul attire toujours la suspicion dès lors qu’il y un crime comme c’est le cas en l’occurrence. Et même autrement. Le solitaire suscite inévitablement des questions. Rejette-t-il les autres ou sont-ce les autres qui le rejettent? La réponse se trouve peut-être dans le voyeurisme de monsieur Hire qui relève moins de la lubricité que d’un désir de toucher ce que le monde a de meilleur, loin de la médiocrité ambiante- celle du voisinage, par exemple.
Le voyeurisme est une incantation muette quant monsieur Hire se tient plus raide que jamais derrière ses rideaux à l’affût d’une demoiselle en train de se changer pour la nuit. Une prière qui finit par être exaucée quand il rencontre une de ses déesses tutélaires, Alice (Sandrine Bonnaire) avec laquelle il se défait de son armure. Il se révèle alors dans cette très belle scène de la gare ou il confie ses pensées à la jeune femme. L’amour naît sans doute. Mais il ne dure pas. La machine du conformisme, plus que l’appareil policier, finit par avoir la peau de monsieur Hire.
L’épilogue sera d’une triste ironie avec la lettre adressée au policier par monsieur Hire dans laquelle celui-ci annonce son intention de partir avec Alice. « Respectez au moins ce bonheur là… »conclut le solitaire, persuadé d’être heureux enfin. Bouleversant.










