Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma français. Edition spéciale.

Aujourd’hui;: « Jour de fête » (1949) et « Les vacances de monsieur Hulot » (1953) de Jacques Tati.

Certains s’étonneront de voir dans ce blog une chronique consacrée à Jacques Tati. « Quoi, ce type- le type, c’est moi comme le type du véhicule des Frères ennemis- avide de sexe et de sang verse dans le cinéma candide de Tati? Serait-il malade? En fait, non.

Mais avant d’aller plus loin, je vous dois à vous mes lecteurs un aveu. J’ai mis du temps à vraiment apprécier le ton et l’humour du créateur de monsieur Hulot. Pourquoi? Je n’en sais rien. Cela a prit du temps. Toujours est-il que ce cheminement m’a mené à aimer cette oeuvre jusqu’à me fendre d’un article sur le sujet.

Sans plus attendre, commençons par le commencement ainsi qu’indiqué en début d’article et donc par « Jour de fête ». Un facteur de cambrousse entiché de la fille du boulanger se met en tête d’imiter ses homologues américains qu’il a vu au cinéma du coin. Il provoquera en conséquence une suite de situations cocasses dont la dernière sera un retour aux champs.

Que dire? Tati et son oeuvre étant déjà l’objet de nombreuses études, analyses et dialyses (C’est pour la rime en solidarité avec les diabétiques, d’ailleurs j’ai connu une dame dont le mari… euh, j’arrête là, c’est une autre histoire!) Sérieusement, il est difficile avec un tel corpus de trouver quelque chose d’original à dire. Allez, lançons nous, et hardi petit!

En fait, le thème de « Jour de fête » est des plus simple. L’irruption de la modernité made in USA dans le mode de vie français en l’occurrence le monde rural. Le facteur au centre du récit,en est à la fois l’incarnation et le gardien de par sa fonction, ce qui rend ses tentatives d’imitation de ses confrères d’Outre-Atlantique d’autant plus comiques. Ce brave représentant des PTT y met d’ailleurs du sien pour nous faire rire avec sa candeur maladroite qui transforme chaque moment de ce « Jour de fête » en happening comme le fera plus tard Pierre Richard dans ses rôles de distraits. Aussi le retour aux champs représente-t-il le retour à la raison et à un mode de vie traditionnel.

Au-delà de cet aspect sociologique, il y a le style de Tati qui est en train de se former. Comme dans ses films suivants, il centre le récit (Quoique le terme n’est ps tout à fait approprié en l’espèce) sur un personnage en décalage avec son environnement. Ici, c’est une influence extérieure qui pousse le facteur à sortir du lot, facteur qui est un personnage intégré au village. Ce qui ne sera plus le cas dans les autres films de Tati. Ensuite, si les dialogues ont une place, ils en laissent beaucoup à l’image. En cela, Tati rend ses droits à l’humour visuel qui semblait enterré depuis la fin du Muet. Enfin, Tati montre son attachement pour une France provinciale déjà menacée par la modernité.

Il est temps maintenant de passer aux « Vacances de monsieur Hulot », chronique des vacances en bord de mer de monsieur Hulot, un homme pour le moins original dans la foule des vacanciers.

Cette fois, on y est! Tati a trouvé son totem, monsieur Hulot. Un estivant parmi d’autres ou presque. Une allure faussement banale avec son chapeau trop petit et son imper trop grand, un clown discret et mutique à la bouche close par sa pipe. Il ne fréquente ni ne rejette personne, se mêlant parfois à ses frères et soeurs en villégiatures (Voir la séquence très poétique du bal masqué) Il semble chercher on ne sait quoi, le regard rivé vers l’horizon et nous sert de guide dans cette micro-société des loisirs. Monsieur Hulot c’est l’oeil de Tati, ironique mais jamais méchant. Comme dans « Jour de fête », Tati peint un tableau de la France et des français d’Après-guerre….mais un peu plus tard. Quatre ans après les aventures du facteur, les loisirs de masse font désormais partie du paysage, empiétant sur les anciennes réjouissances. Et ce n’est pas la seule différence. Là ou « Jour de fête » montrait un membre reconnu de la société sortir du rang le temps d’une journée, « Les vacances… » met en scène un personnage dont on ne sait rien et dont la présence paraît incongrue…sans pour autant choquer.

Le style de Tati s’impose ici via la création d’un personnage appelé à réapparaître dans le reste de l’oeuvre du cinéaste et, à terme, devenir une sorte de légende. Les dialogues sont considérablement réduits rapprochant parfois « Les vacances… » des premiers temps du cinéma mais le son n’est toutefois pas oublié, captant des bribes de conversations de façon faussement négligente. Afin de créer u contraste avec le silencieux monsieur Hulot.

Et c’est pour le moins novateur, en tout cas personnel. Tati était pour cela et bien d’autres raisons un grand cinéaste et qui n’eut sans doute pas la reconnaissance qu’il méritait. Et surtout pas par la Nouvelle vague dont un des membres éminents, François Truffaut, trouvait Tati « Laborieux ». Scrogneugneu!

Statue de Jacques Tati à Saint Nazaire ou furent tournées « Les vacances de monsieur Hulot »

A bientôt!


Laisser un commentaire