Calley, Kovic, Gritz: le bourreau, le martyr, le surhomme. La trinité tragique du Vietnam.
La guerre du Vietnam, métastase de notre guerre d’Indochine, source de malheurs, filon juteux pour Hollywood, objet d’un débat désormais épuisé et à jamais – sans doute- irrésolu. En dépit de son caractère particulier, ce conflit aussi ses figures qui, au-delà de leur individualité propre, renvoient chacune un trait saillant dudit conflit. Il en va ainsi de la guerre du Vietnam, comme de toutes les autres. Dans ce cas précis, il m’a semblé que trois militaires ont tous ensemble incarné quelques uns des aspects contradictoires de ce qui fut une controverse majeure de l’histoire américaine récente. Et de sa médiatisation.
L’horreur, les habitants du village de My-Lai massacrés par l’unité commandée par le lieutenant William Calley. L’horreur, la blessure qui mène à la paralysie définitive, comme celle de Ron Kovic, devenu célèbre grâce à son récit autobiographique « Né un 4 juillet ». Le champ d’honneur, pour Bo Gritz, officier des bérets verts et militaire le plus décoré de la guerre du Vietnam.
Ces hommes n’ayant à l’origine en commun que le métier des armes ont gagné dans le même espace-temps et ce pour des raisons très différentes non seulement une célébrité mais aussi un statut auquel ils resteront associés pour toujours. Et pas forcément, comme vous en vous en doutez, pour le meilleur.
Le cas le plus épineux est évidemment celui de William Calley. Jeune lieutenant frais émoulu à la tête de recrues guère plus aguerries, il exécuta l’ordre d’investir avec une centaine d’hommes le village de My-Lai, que le renseignement militaire avait identifié comme un nid de vietcongs. Démarrant comme une recherche, la mission tourna vite à la boucherie. En dépit des tentatives du haut-commandement pour dissimuler l’affaire, l’événement sera très vite ébruité puis lourdement relayé par la presse. La justice militaire se montrera d’abord implacable avec Calley, le condamnant aux travaux forcés. Or, Calley bénéficiera d’un premier adoucissement de sa peine suite à un énorme soutien public que suscita son traitement judiciaire jugé d’une dureté excessive. Sa peine sera encore commuée en liberté conditionnelle sur ordre de Richard Nixon. L’homme retrouva sa liberté mais son honneur, jamais.
Car, pour beaucoup Calley, demeurera un massacreur, une brute décérébrée dont l’acte fut comparé par certains au supplice d’Oradour sur Glane. Ou un ahuri sanglant, croqué en « Alfred E. Neuman » , l’attardé mental de Mad magazine, par les caricaturistes du magazine National Lampoon (Qui rendaient par là même hommage à leurs prestigieux aînés), moqué en couverture d’Esquire qui le montrait hilare au milieu d’un groupe d’enfants asiatiques. Il est vrai que l’officier n’avait qu’une maigre défense à opposer à une opinion qui, bien que divisée, était fortement antimilitariste. « Les ordres sont les ordres », l’argument déjà utilisé par les nazis à Nuremberg. Il n’en fallut pas davantage pour que les contestataires fassent l’amalgame entre l’armée d’une démocratie et celle d’un régime totalitaire. Contresens. Contresens induit par ce qui est à la base de toute armée: l’obéissance. En l’espèce, il aurait sans doute fallu juger ses supérieurs. Mais, comme c’est trop souvent le cas, c’est le lampiste qui paie. En l’occurrence Calley.
En guise de conclusion, on apprit sur le tard que Calley ne s’était jamais remis de cette journée de 1968 qui le transforma, lui le lieutenant anonyme au visage poupin en monstre et en symbole d’une guerre contestée à juste titre…mais de quelle manière.
A suivre…





