Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma américain- Le Néo Noir

Aujourd’hui: « Un crime dans la tête/ The manchurian candidate » de John Frankenheimer (1962)

Bennett Marco, officier de renseignement militaire et ancien de la guerre de Corée doute de la réputation de Raymond Shaw, un de ses anciens subalternes décoré suite au sauvetage de ses camarades sur le front asiatique. Marco est troublé au point de mener une enquête qui le mènera à un complot visant à assassiner le président des Etats-unis en personne. Complot au centre duquel Shaw joue un rôle central.

« Un crime dans la tête » est un film de son époque, en l’occurrence le début des années soixante marquées par le mur de Berlin, la crise des missiles et la Baie des cochons, entre autres événements majeurs. Un temps habité par le peur d’une nouvelle guerre mondiale ou, pire, l’apocalypse nucléaire. Sans oublier le péril rouge et le conflit vietnamien qui se profile sérieusement. Dans ces années 62/63, le cinéma va se faire largement l’écho de ces angoisses en livrant des films décrivant un état menacé par ceux censés le défendre: les militaires qui toujours, passez moi l’expression, pètent un plomb au point de vouloir larguer des bombes sur l’URSS…ou de tuer le président. « Sept jours en Mai », « Docteur Folamour » et enfin « Un crime dans la tête » forment la Sainte trinité de cette bible de la paranoia étatique.

Des trois, « Un crime dans la tête » est le plus ésotérique. Le plus surréaliste aussi. Avec la symbolique du jeu de cartes, le cauchemar entre lavage de cerveau et club du troisième âge, les recherches livresques de Sinatra, et le duel entre ce dernier et Henry Silva (Qui joue un coréen, il incarnera plus tard un japonais dans une énième déclinaison de Mister Moto) ou les protagonistes usent d’un art martial dont il est permis de se demander q’il n’a pas été inventé pour le film. Mais outre ces aspects visuels et narratifs qui participent de « Un crime dans la tête », celui-ci jouit d’un script intelligent, de personnages fouillés et livre une réflexion sur l’ambiguité et, plus encore, sur la fragilité de la vérité. Le statut de héros de Shaw contesté (Thème qui sera de nouveau abordé beaucoup plus tard dans la série « Homeland » qui n’est pas sans entretenir des points communs avec le film de Frankenheimer) et la mémoire défaillante (Ou pas?) de Marco notamment pointent du doigt à quel point il peut y avoir loin entre ce qui est et ce que nous croyons savoir.

Il convient par ailleurs de mettre en lumière des faits troublants quant à la genèse du film et son acteur principal. Huit ans plus tôt, Sinatra était déjà la vedette d’un film traitant d’un projet d’attentat contre le président des Etats-unis: « Suddenly ». Sinatra était par ailleurs proche de la famille Kennedy et fut un ardent soutien de J.F.K lors de l’élection de 1960. Pas ingrat pour un sou, J.F.K lui retourna l’ascenseur pour appuyer la réalisation de… »Un crime dans la tête » dont le producteur doutait. Le film sortit enfin en en 1962. L’année suivante, une balle paraît-il tirée par un ancien Marine abattit le président…A croire que sans le vouloir, Sinatra avait invoqué la mort par voie de cinéma…


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