Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- le cinéma japonais.

Aujourd’hui: « L’ange rouge/Akai tenshi » de Yasuzo Masumura (1966)

Sakura Nishi, une jeune femme est envoyée sur le front comme infirmière lors de la guerre Sino-japonaise. Dans l’hôpital situé au ras des combats, elle assiste à des horreurs et subit un viol collectif. Chemin faisant, elle tombe amoureuse d’un médecin-chef qui se protège moralement en se repliant sur lui-même. Au contact de Sakura, il va s’ouvrir de nouveau à l’amour.

Avec « L’ange rouge » Yasuzo Masumura renoue avec un thème qui lui est cher: les dommages de la guerre Sino-japonaise qu’il avait déjà abordé l’année précédente dans « Le soldat yakuza ». Comme dans ce dernier, « L’ange rouge » se déroule dans un lieu clos (Un hôpital militaire dans celui-là, une caserne dans l’autre) cerné par la brutalité des combats qui se reflète dans les rapports que’entretiennent les personnages qui y vivent. Toutefois le point de vue n’est pas le même. Très masculin dans « Le soldat…. », profondément féminin ici.

Certes, la liaison que vivra finalement Sakura avec le « grand patron » n’est pas sans évoquer une certaine littérature à la Konsalik dont les adhérents du Club France Loisirs étaient familiers. Ou encore la romance médico-guerrière de Pierre Granier Defferre « Le toubib » ou Alain Delon reprenait goût à la vie grâce à Véronique Jeannot. Cependant, il n’y a pas le respect des conventions de ce genre de récit dans « L’ange rouge » (Cela dit sans mépris aucun) Au lieu de cela, il y a un enchaînement de scènes terribles rythmées par les amputations et que viennent rompre le suicide d’un blessé après que celui-ci ait déclaré son désir à Sakura, ou encore le viol collectif subi par la jeune femme. Cette partie descriptive s’achève néanmoins lorsque Sakura trouve la clé du coeur du médecin-chef. On entre alors dans une l’histoire d’un amour vrai qui naît envers et contre tout – la guerre, les jambes des amputés qui garnissent les bacs à une industrielle, la violence des hommes comme celle des femmes et, surtout, la carapace du médecin. Sans compter les propres démons de Sakura. Une fleur qui pousse sur un champ de bataille et mourra sur ce même terreau d’abominations.

Un film splendide, entre épouvante, romantisme et sensualité. A voir absolument.


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