Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- le cinéma américain- Néo Noir

Aujourd’hui: « La revanche du sicilien/Johnny Cool » de William Asher (1963)

Salvatore Giordano, jeune bandit sicilien, est sauvé par Colini, un ponte de la Mafia italo-américaine contraint à l’exil en Sicile. Après avoir aidé le jeune homme à se rétablir – et façonné de manière à le rendre plus « civilisé », Colini demande à Giordano de se rendre aux Etats-unis pour exercer sa vengeance par procuration contre ses concurrents qui l’ont obligé fuir. Une fois arrivé sur le territoire américain, Giordano rebaptisé « Johnny Cool » se met à l’oeuvre, éliminant un à un les ennemis de Colini jusqu’à ce que sa rencontre avec une certaine Darien « Dare » Guiness compromette sa besogne.

Ainsi que je l’ai précisé en introduction, « Johnny Cool » relève du Néo Noir, genre à la vérité assez difficile à définir, ne serait-ce que chronologiquement. Si son illustre prédécesseur le Film Noir suscite peu de controverses – en tout cas moins- à ce sujet, il en va tout autrement de son rejeton. Quand commence-t-il vraiment? Cela reste à voir. En revanche, il est plus facile de situer dans le temps sa disparition: le début des années 70. En effet, le Néo Noir représente la transformation progressive du cinéma criminel (Ou policier, à votre guise!) abandonnant peu à peu le classicisme pour parvenir à une crudité et une violence que ne permettaient pas les années 40 et 50.

A ce titre « Johnny Cool » est très représentatif de ce changement tant il montre une dureté jusqu’alors inédite. Et ce tant dans ce qu’il montre que dans ce qu’il suggère – notamment au travers des rapports entre les personnages ou le mot « confiance » semble ne pas exister. Par ailleurs, et c’est un point intéressant, il y a une excentricité qu’on n’avait rarement vu depuis « La soif du mal » de Welles ( Voir la chronique à ce sujet) avec sa galerie de truands pittoresques (Mention spéciale à Sammy Davis Jr avec son cache-oeil) et surtout par un aspect à la limite du fantastique. Laissé pour mort Giordano connait une résurrection grâce à Colini qui fait office de docteur Frankenstein qui le ramène non seulement à la vie mais le transforme. A ce propos, l’apparition de Giordano torse nu, la tête couverte d’une cagoule n’aurait pas déparé dans une bande gothique. Par là même, « Johnny Cool » serait un précurseur de « L’homme qui valait trois milliards », impression renforcée Richard Anderson dans un rôle de journaliste futur Oscar Goldman de la célèbre série. Le film a aussi un côté « Rat Pack » en raison de la présence au générique de membres du collectif de chanteurs, Sammy Davis Jr ainsi que Joey Bishop.

Une autre dimension intéressante est le regard sur le rapport homme/femme, le personnage de Elizabeth Montgomery qui est se plaint du manque de virilité des hommes (« La plupart des hommes ont l’air d’être des hommes mais ils ne le sont pas » Déclare-t-elle, amère.) et sent don logiquement attirée par la masculinité de Johnny. Jusqu’au moment ou elle se rend compte de ce que cache cet homme. Certains parleraient – certaines en particulier, Sandrine Rousseau, je ne désigne personne, suivez mon regard- mais la masculinité -réelle- prend divers visages. Dans le cas du personnage d’Henry Silva, c’est moins une question de genre que de statut. Celui d’un gangster, autrement dit un homme sans foi ni loi. Surtout sans loi. Et cela change tout.

En bref, un film d’exception remarquablement épargné par le temps. Riche, violent, très original. A voir!


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