« Les guichets du Louvre » de Michel Mitrani (1973)
Alors que la « Rafle du Vel’D’hiv » est imminente, Paul, un étudiant, tente de sauver des juifs de cette mesure inique à la mesure de ses faibles moyens. Candide, maladroit et armé de sa seule bonne volonté, le jeune homme multiplie les échecs et les rebuffades jusqu’à ce qu’il tombe sur Jeanne, une jeune femme juive de son âge qu’il parvient à mener jusqu’aux guichets du Louvre ou, du moins le croit-il, elle sera en sûreté.
Inspiré par le roman homonyme de Roger Boussinot, « Les guichets du Louvre » fut probablement le premier film à traiter frontalement de la rafle qui eut lieu en juillet 1942 sur ordre du gouvernement de Vichy qui devançait les attentes de l’occupant allemand. Traitement frontal, oui, en ce sens qu’il ne fait pas mystère du sujet mais… sur un ton intimiste. Loin du grand spectacle éléphantesque de « La rafle » de Roselyne Bosch réalisé en 2010 sous le patronage du sieur Luc Besson, « Les guichets du Louvre » prend tout par le petit bout de la lorgnette. Centré sur cet étudiant aussi gauche que bien intentionné (Et quelque peu agaçant, le type est communiste, alors..), dépassé par ce flot humain aspiré par l’Histoire dans ce qu’elle a de plus monstrueux mais qui se relève toujours jusqu’au moment ou, enfin, il parvient à ses fins. Peut-être. Le rythme lent souligne le caractère inexorable de l’action que subissent les personnages, la musique discrète (De Mort Shuman, soit dit en passant) et la sonorisation proche du documentaire donne l’impression « d’y être » tout à fait en accord avec le parti pris du cinéaste de nous coller en permanence à son héros – ou plutôt au pivot de son histoire.
Très bien servi par ses interprètes Christian Rist en Paul et Christine Pascal en Jeanne qui ont la fraîcheur requise pour leurs rôles, Henri Garcin qui campe ici un personnage réel, en l’occurrence l’écrivain et soldat Ernst Junger, le film est un sans faute du point de vue du cinéma. A noter que Rist qui fut surtout un homme de scène, fera une autre apparition remarquée sur le grand écran dans « La question » de Laurent Heymann (Qui était assistant réalisateur sur « Les guichets du Louvre », comme par hasard) autre film traitant d’une plaie de l’histoire de notre pays: la torture lors de la guerre d’Algérie.



