Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma français- Edition spéciale- Occupation

Collabos, résistants, victimes et bourreaux. Quand la cinéma passe à la loupe les « Années noires ». Première partie.

La drôle de guerre, la débâcle, l’Armistice. La résistance, la Gestapo, la Rafle, la marché noir, les déportations. Les alliés, le Débarquement. Puis enfin la Libération. Le cinéma a, suivant les époques, traité ces thèmes de diverses manières. S’agissant de notre cinéma, il consacra quelques films à la gloire de la résistance ou des soldats qui avaient répondu à l’appel du Général De Gaulle. Ce fut « La bataille du rail » ou encore « Paris brûle-t-il? », voire de petits films tel le diptyque « La chatte » et « La chatte sort ses griffes ». Mais quelle que fut l’importance de ces oeuvres, elles montraient une France qui n’était pas ambivalente et tenait face à l’occupant. Il y eut certes « La grande vadrouille » qui égratignait le comportement des français sous le joug allemand avec ses résistants de fortune – et de hasard- mais, et ce en dépit de l’énorme succès du film de Gérard Oury, cela resta un cas isolé.

Une rupture se fit à la fin des années 60 avec « L’armée des ombres » de Jean Pierre Melville et le documentaire « Le chagrin et la pitié » de Marcel Ophuls qui dévoilent, qui les ambiguités de la résistance ainsi que les horreurs auxquelles elle était parfois contrainte de se livrer, qui les attitudes équivoques sinon condamnables de certains français sous l’Occupation. Sans le savoir ni le vouloir (Sans doute!) Melville ouvrit une porte aux cinéastes désireux de questionner l’attitude de nos compatriotes lors de cette période. Pour différentes raisons, allant de la dénonciation à une volonté de rendre un tableau plus nuancé que la vision plus ou moins officielle des événements et de leurs acteurs. Cette démarche fut favorisée non seulement par Melville mais aussi par le relâchement progressif de la censure et, plus généralement, par les changements qui s’opéraient dans la société suite à Mai 68. Pour le meilleur et pour le pire.

Sans plus tarder, commençons le voyage!

« Le sauveur » de Michel Mardor (1971)

En France occupée, Nanette, une jeune paysanne recueille Claude, un jeune homme blessé qu’elle prend pour un aviateur anglais. Une relation amoureuse se noue entre eux, pour le plus grand bonheur de Nanette qui croit ainsi jouer un tour à ses parents Pétainistes. La désillusion est pou le moins brutale lorsque l’adolescente découvre que son « Sauveur » est en fait un officier SS qui traque les maquisards locaux….que Nanette lui a livré à son corps défendant lors de confidences sur l’oreiller. Il en résultera le massacre des habitants du village et un traumatisme pour Nanette qui, une fois adulte et prématurément vieillie, se vengera de son ancien amant retrouvé par hasard.

Sorti discrètement puis longtemps oublié, « Le sauveur » dut attendre une reconnaissance méritée. Oui, méritée, car le réalisateur Michel Mardor met les pieds dans le plat avec une maîtrise remarquable qui donne à regretter qu’il n’ait pas poursuivi sa carrière. Il montre la sobriété indispensable à ce terrible sujet: la guerre du point de vue de ceux qui ne peuvent se défendre. Outre le massacre final qui fait évidemment référence à celui d’Oradour sur Glane (Ce qui était courageux alors, l’évocation de ce drame restant encore taboue à l’écran en ce début d’années 70 au nom de la « Réconciliation nationale voulue par De Gaulle) il y a la perte de l’innocence, la défloration par la guerre, probablement la pire de toutes. Laquelle transforme Nanette délatrice malgré elle et prouve que la candeur et la révolte peuvent mener à rejoindre contre soi le camp des bourreaux.

Annonçant autant « Lacombe lucien » de Louis Malle (Dont il sera question dans ce dossier, mais n’anticipons pas) que « Requiem pour un massacre » de Leon Klimov, « Le sauveur » mérite à coup sûr le titre de précurseur. A voir!


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