Aujourd’hui: Le doublé optimiste de Dany Carrel et Serge Korber. Première partie.
» Un idiot à Paris » de Serge Korber (1967) et « La petite vertu » de Serge Korber (1968)
A la fin des années 60, Dany Carrel tourna deux fois avec un réalisateur débutant Serge Korber. Une comédie teintée de romance « Un idiot à Paris » puis « La petite vertu », une romance teintée de comédie et de drame criminel. Avec leurs différences, et outre leurs vedette et leur metteur en scène, les deux films partagent une fin heureuse. Ce qui les distingue du pessimisme fréquent en art.
J’ai trouvé intéressant d’établir un parallèle entre eux. Maintenant, sans plus tarder, commençons par:
« Un idiot à Paris »
Gouby, un simplet de village entreprend un voyage à Paris qui bouleversera son existence.

Inspiré du roman homonyme de René Fallet « Un idiot à Paris » appartient à une veine à la fois satirique et tendre. Ce récit d’un rebut méprisé par les habitants de sa commune qui trouve une revanche en changeant d’air permet de traverser deux milieux différents: une société villageoise ou tout le monde connait tout le monde, d’une part. Le monde des villes ou chacun se replie sur son monde ou sur soi-même. Korber les renvoie dos à dos tout en laissant un avantage à…la ville! Il rejoint en cela une tradition non avouée en littérature (Oui, en littérature, le film s’inspire d’un roman de René Fallet, très aimé du cinéma celui-là, voir « La soupe aux choux ») celle du paysan antipathique, depuis Zola dans « La terre » au « Tombeau aux lucioles » de Nosaka. Le grand écran ne fut pas non plus en reste avec notamment « Les patates » de Claude Autant-Lara – tourné à la même période. Les gens de la cambrousse y sont ici mesquins, fermés à la différence et prompts à marquer ceux qui sont différents du sceau non de l’infamie mais du mépris amusé et de la vexation permanente. Les citadins en revanche sont plutôt paumés ou alors….bienveillants. C’est d’ailleurs grâce à ces derniers que Gouby sort de sa condition de marginal crasseux. En fait, il s’agit presque d’un conte de fées, avec deux bonnes fées improbables: un patron des Halles Bernard Blier, truculent comme jamais) qui prend le campagnard candide sous son aile parce qu’il est lui aussi un enfant de l’Assistance publique et Juliette dite « la fleur » une prostituée (Dany Carrel, justement!) Comme l’annonce le résumé ci-dessus, le voyage de Gouby n’a pas pour résultat une initiation (New age, sors de ce corps!) mais une transformation. Et de la rencontre entre des êtres rapprochés par la marginalité -Le patron des Halles sort du ruisseau et la moderne hétaire qui, à l’instar de Gouby est à la fois méprisée et indispensable. Gouby offre sa force de travail, et Juliette, son corps.
Ce personnage est particulièrement intéressant en cela qu’il n’est pas que le cliché de la « Pute au grand coeur » car il est une force qui trouve en Gouby le moyen d’accomplir une bonne action en donnant à ce rebut de la cambrousse une dignité qui lui a toujours été refusée ainsi que celui de s’éviter le triste destin réservée aux femmes de sa caste dès lors qu’elles vieillissent. Ce n’est pas pour rien que le film s’achève sur un gros plan sur Juliette/Dany Carrel lorsque cette dernière répond à Gouby/ Jean Lefebvre après que celui-ci lui ait dit à quel point le travail de la terre était du: » Tu t’occuperas de la terre, pour le reste, fais moi confiance »
Une jolie réussite, soutenue par d’excellents interprètes (A ce propos, Jean Lefebvre ne fut plus jamais aussi bon, après il ne joua que dans des nanars et se mit à uriner dans les coffres de voitures) On y aperçoit un Pierre Richard débutant en flic et le tout est bercé par la très belle chanson de Jacques Brel « Les coeurs tendres »
A suivre…
