Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma américain- Retour sur le Film noir.

Le Film Noir, vaste sujet. Avec ses classiques, ses chefs d’oeuvre, ses ratés et ses oeuvres quelconques. Mais aussi ses raretés. Ses étrangetés. En voici quelques unes, qui montrent en dix ans comment le classicisme a cédé la place à…..autre chose. Bon voyage!

 » The fat man » de William Castle (1951)

Avec le secours d’un détective privé aussi obèse qu’astucieux, la secrétaire d’un dentiste enquête sur le meurtre de son employeur.

Le gros monsieur du titre est le détective privé Bradford Runyan héros d’un feuilleton radio très populaire à la fin des années et, semble-t-il, déjà interprété par le comédien J. Scott Smart qui reprit à l’écran le rôle qu’il avait crée sur les ondes. Pourvu d’une intrigue classique, le film relève de la catégorie « Meurtre et mystère » du Film noir et réserve de ce point de vue peu de surprises. Là ou se révèle vraiment intéressant, c’est dans son atmosphère inhabituelle qui tient d’abord à l’obésité du personnage principal, une caractéristique relativement rare. Il en va de même pour un certain nombre du détails, le clown qui ne retire jamais son personnage ou encore le cadre quelque peu trivial d’un cabinet de dentiste.

L’accumulation d’éléments incongrus crée une atmosphère spécifique qui s’écarte du Film noir traditionnel et trahit l’origine radiophonique du sujet, proche de la bande dessinée. Certes, il existe dans le genre une tendance à explorer les marges, mais un héros excentrique est en revanche très rare, du moins à l’écran. En littérature, il y avait bien « Nero Wolfe, l’homme à l’orchidée »(Dont l’adaptation télévisée fit le bonheur du public de « Dimanche Martin » dans les années 80) figure récurrente des romans de Rex Stout. Mais c’était en littérature, laquelle a toujours été plus libre que le cinéma. Dans ce cas précis, il est d’ailleurs permis de se demander si le limier de Stout n’a pas servi de modèle à celui du feuilleton à l’origine du film de Castle. Comme Nero Wolfe, Runyan passe le plus clair de son temps dans son bureau et la cuisine de son chef qu’il regarde préparer les plats dont il se délecte. Plus fort que Maigret, Runyan, il ne se donne même pas la peine d’aller au bistrot.

En cela, Castle avait près de vingt ans d’avance, anticipant sur les privés atypiques qui peupleraient la télévision et, dans une moindre mesure, le cinéma. Castle anticipait aussi sur son propre cinéma qu’il orienterait clairement vers l’étrange voire le fantastique quelques années plus tard. Soit, il avait peu avant manifesté un goût pour le bizarre. S’attaquant au thème du trafic de drogue dans « Johnny Stoolpidgeon » ou le nanisme dans « It’s a small world » Mais dans le cas qui nous occupe, il osait dans une oeuvre modeste un mélange rarement tenté auparavant. Le metteur en scène ne considérait uère ce film, ne lui reconnaissant comme mérite principal la présence de Julie London (La fille du calendrier!) et Rock Hudson. A propos de ce dernier, il avait ironiquement subi une intervention dentaire comme son personnage d’escroc dans le film de Castle.

A suivre!


Laisser un commentaire