Troisième partie.
« Blast of silence/Baby boy Frankie » de Allen Baron (1961)

Un tueur à gages revient à New York, sa ville natale, pour y exécuter un contrat. Surviennent alors un amour de jeunesse non partagé ainsi que d’étranges personnages qui compromettent sa « besogne ».


Un héros, ou plutôt un anti-héros massif voué au meurtre depuis l’adolescence. Une voix-off qui n’est pas la sienne mais celle d’un narrateur anonyme qui commente les actes de ce « Frankie » et traduit ses pensées pour le public. Un paysage urbain, celui de New York, qui semble écraser le protagoniste principal du récit et d’ou surgissent des êtres qui échappent à cet assassin sur commande. D’ailleurs, il semble bien que son arme est la seule voix qu’il puisse faire entendre au monde. D’ailleurs, la poudre mise à part, seul le silence explose ici. Pour traduire le titre de ce film qui resta inédit chez nous et ignoré chez lui. Allen Baron, son interprète dut en conséquence se cantonner à la télévision pour y mettre en boite à la chaîne des épisodes de séries télé. « Drôles de dames » notamment.
« Blast of silence » avec son héros qui ne sait que tuer et qui marche vers un destin terrible autant qu’inévitable, incarnation du biblique « Qui vit par le glaive périra par le glaive ». Fuit par les femmes, traqués par ses frères en tuerie, »Frankie » inspire cette compassion qu’on n’accorde qu’à minima. Parce qu’un être humain demeure un être humain, aussi odieux ou rebutant soit-il. Il y a une dimension presque métaphysique ici, un désespoir renforcé par le béton et l’ambiance hivernale qui imprègne chaque plan décrivant la chute d’une brute qui meurt surtout d’avoir été depuis toujours négligée.
Voila une oeuvre qui compte en cela qu’elle anticipe « Taxi driver », « Police fédérale Los Angeles » ou « Bad lieutenant », autres opus majorum de la solitude et de la violence urbaines. Plus qu’un chaînon manquant entre le Noir classique et le Néo-Noir, une prophétie sur l’avenir du cinéma américain. Cela fut finalement reconnu plus de quarante ans après la production du film via un documentaire consacré à son auteur. Mieux vaut tard que jamais. Mais n’était-ce pas trop tard?
