Deuxième partie.
» Traquenard/Party girl » de Nicholas Ray (1957)
Un avocat corrompu au service de la Mafia se remet en question quant l’amour qu’il porte à une danseuse l’oppose à un de ses clients criminels.

Hybride entre Noir et Comédie musicale, « Traquenard » appartient à ces fins de cycles ou des fusions sont tentées afin de sauver un genre. Le résultat est ici une réussite d’autant plus intéressante que la réunion de ces deux types de cinéma fut assez rare. Il y eut bien une référence au Noir au détour d’une séquence de « Chantons sous la pluie », plus tard, il y eut « Bugsy Malone », parodie chantée de films de gangsters jouée par des enfants. Mais cela reste des exceptions. Soit, les danseuses et le monde de la scène servent souvent de toile de fond au Noir, elles peuvent être des figures centrales de l’histoire -comme dans le cas présent- mais il est bien rare de les voir dans l’exercice de leurs fonctions. Les numéros brillamment exécutés par Cyd Charisse apportent un supplément visuel appréciable, mais ils créent également un contraste entre la féerie scénique et la noirceur du monde vicié des truands. Outre cette idée passionnante tant sur le plan pictural que thématique, il y a le personnage de Cyd Charisse qui amène celui de l’avocat joué par Robert Taylor à une sorte de rédemption. Ce dernier est un boiteux physique mais aussi moral – c’est un homme, certes d’une grande intelligence, mais qui s’est mis au service du crime. Aussi l’arrivée de cette femme va-t-elle être un exemple de « Miracle de l’amour » puisque cet de homme de loi à la solde des hors la loi va s’opposer à ceux qui le font vivre.
Après un passage par la case prison, il se trouvera racheté, rédimé et Cyd Charisse accomplira une dernière danse. Fin heureuse. C’est là que la bat blesse tant ce dénouement semble ajouté pour complaire au studio (Gros budget oblige) et tendrait à donner raison à Etienne Chaumetton qui date la mort du Noir en 1955. Ce n’est pas exact cependant, si l’on prend le genre dans son ensemble à cette époque. Pour ce qui est de « Traquenard » il s’agirait plutôt d’un défaut propre à la décennie ou il a été fait. Une auto-censure imposée à la fois par les sociétés de production et la société tout court. On pourrait aussi évoquer la retenue parfois excessive de Nicholas Ray, fréquente faiblesse chez ce cinéaste pourtant parmi les plus talentueux de son temps.
Cela dit, il convient de ne pas cracher dans la soupe. « Traquenard » ne manque pas de qualités, outre son esthétique, il comporte quelques audaces, telles les séquences de règlements de compte qui annoncent quelque peu ceux du « Parrain ». Curiosité et très bon film – deux choses qui ne vont pas forcément ensemble- « Traquenard » souffre de ne pas être tout à fait abouti. Ce qui n’interdit pas de le voir!



A suivre!
