Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Les excentriques du Rock’n’Roll

Aujourd’hui: Roy Orbison

Une banane imposante surplombant de non moins respectables lunettes noires, le tout meublant un visage pâle d’albinos qu’on devinait ingrat. L’homme ainsi masqué se tenait droit telle une statue, sanglé dans un costume aussi sombre que sa chevelure, portant une énorme guitare qui servait autant de glaive que de bouclier. Il chantait des ballades lyriques qui mêlaient le plus naturellement du monde le simple et le complexe dont la tonalité hésitait entre espoir et mélancolie. Ce qui en faisait les compagnes idéales des nuits des solitaires dans la chambre d’un motel perdu, comme des amoureux se recueillant devant l’autoradio au bord de la route de nulle part. Ce qui est au fond la même chose, car chacun sait que les amoureux sont seuls au monde.

C’est l’image que l’on garde (Enfin ceux qui s’en souviennent) de Roy Orbison. Celle qu’il s’était fabriqué au début des années 60. Il y a bien la dernière, celle qu’il adopta à la fin des années 60 et qu’il garda jusqu’à la fin de sa courte vie, celle de la coiffure en forme de casque. Mais l’homme en noir à la Pompadour en plein volume survivra à sa disparition. Quant aux mélodies qui le rendirent riche, lui permirent de battre les Beatles sur leur propre terrain, elles cachaient le Roy des débuts. Le rocker délivrant les électrochocs soniques « Domino » (Sans rapport avec André Claveau) « Problem child », « Mean little mama » , autant de titres passés inaperçus à leur sortie (Ceux qui y eurent droit toutefois) que les Cramps partagèrent bien plus tard avec le reste du monde.

C’était le Roy Orbison des années 50, qui trimait chez Sun côte à côte avec un débutant prometteur, Elvis, pas encore sacré roi qui vendit à Roy la moto qui coûta la vie à la femme de l’albinos. Le Roy qui était à la traîne de Johnny Cash, lequel multipliait les succès quant Roy n’avait à offrir que « Ooby dooby » pour tout potage dès lors qu’il lui fallait monter sur cène. C’était le Roy que le patron de Sun, Sam Phillips protégeait, considérant que la scène le détruirait. « C’était un artiste à écouter plutôt qu’à voir. » Déclarait le grand Sam à son sujet. Roy se montrait pourtant de bonne volonté, portant les mêmes couleurs vives que le King en devenir, sans an avoir le physique ni le magnétisme.

Ces années aussi ingrates que son air furent riches pourtant. Notamment en collaborations avec d’autres forçats du Rockabilly. Hayden Thompson avec lequel il créa le bien nommé « Rockabilly gal », Sonny Burgess qu’il accompagna sur « Find my baby for me », Ken Cook sur je ne sais plus quelle chanson. Il fut ami avec le gendre idéal du Rock’n’Roll Pat Boone avant que celui-ci ne se transforme tardivement en prêcheur Heavy metal chrétien. Il côtoya Buddy Holly aussi.

Puis s’achevèrent ces temps des costumes éclatants, riches en rencontres et pauvres en émoluments . Vint une ère nouvelle, celle des opéras miniatures, du noir pour vêture et des triomphes discographiques.

« Southbound Jericho parkway », titre sur lequel Roy opéra un bref virage psychédélique.

« So young », ballade que Michanlego Antonioni utilisa pour son épopée hippie « Zabriskie point » d’ailleurs cité dans la chanson. Le cinéma s’intéressa à nouveau à la musique de Roy en 1986 quant David Lynch se servit de « In dreams » pour son opus pervers « Blue velvet » Roy, homme très pieux, en fut choqué.

A bientôt!


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