Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma français, édition spéciale-Eurospy à la française

Deuxième partie

Après le clownesque « Le gorille a mordu l’Archevêque » voici quelque chose de plus sérieux: « Coplan sauve sa peau » de Yves Boisset (1967)

Arrivé à Istanbul, l’agent Francis Coplan se trouve pris dans une série d’événements qui le mène jusqu’au repaire d’un mégalomane qui projette rien moins que de détruire le monde.

Quitte à établir une comparaison, « Coplan sauve sa peau » se démarque du « Gorille… » sur bien des points. La qualité globalement meilleure, l’originalité (Dans le traitement pas dans le sujet, mais j’y reviendrais) les moyens financiers, le talent…Mais tout cela peut se résumer en un mot ou plutôt en une date: 1967. Soit cinq ans après la pantalonnade de Labro. Cette dernière portait encore des codes des années 50. Le noir et blanc, le ton encore relativement rationnel et une proximité toujours assez forte avec le Film Noir. Ici, on en est loin. La couleur, l’argument Science fiction (Très affirmé dans ce cas, ce qui était assez rare dans l’Eurospy français, il est vrai que l’imaginaire pur n’a jamais été encouragé dans notre pays) et un ton plus « Auteur » qui, s’il est discret, est bien là et annonce les oeuvres futures du réalisateur.

Mais surtout, « Coplan… » est de ces films typiques de la fin d’un genre avec son caractère hybride, signe que les fusions sont toujours vu comme une bonne méthode de redonner un souffle à un filon qui s’épuise. Et, plus largement, la fin d’une ère dans le cinéma populaire. L’Eurospy respirait une candeur propre aux 60s, beau temps de la Guerre froide et d’une confiance absolue (Aveugle?) en la Science et la technique.

Travail de débutant, accompli à la fin d’une époque, « Coplan… » offrait à Boisset une certaine liberté et, il faut le dire, de la poésie. Sa collection de Gueules allant de Bernard Blier à Jean Topart en passant par l’ineffable Klaus Kinski et, surtout l’inénarrable acteur nain Roberto. Celui-ci retrouvera Boisset dans « Le saut de l’ange » également tourné en Turquie, ou notre petit ami remporta de nombreux succès auprès d’une gente féminine qui le prenait pour un gigolo! Ce qui tendrait à donner raison au groupe les VRP quant il chantait « Je voudrais être un nain… » je vous laisse compléter.

Une dernière chose avant de finir: « Coplan sauve sa peau » n’est devenu un Coplan que par commodité, le scénario original de Boisset n’incluait pas en effet le personnage et s’intitulait « Les jardins du Diable ». L’agent ne fut ajouté à l’histoire que plus tard à la demande du producteur Robert de Nesle (Futur roi du film érotique dans les années 70) qui ne croyait guère au succès du projet, le jugeant bon pour « les ciné-clubs ». Pourtant « Coplan sauve sa peau » obtint un succès honorable. Il encouragea sans doute la production de « La main noire » de Max Pécas ou figurait également Jean Topart et un acteur nain Alfred Baillou. Comme quoi, tout ne finit pas mal…

A bientôt!


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