« La soif du mal/Touch of evil » de Orson Welles (1958)
Dans une ville frontalière du Mexique, un jeune homme soupçonné d’avoir posé une bombe est arrêté par Quinlan, le ponte de la police locale. Vargas, un policier mexicain enquête sur ce dernier, persuadé de sa corruption. Il s’ensuit un imbroglio avec la pègre et l’enlèvement de la femme de Vargas.

« La soif du mal » était pour Orson Welles l’espoir de se refaire après une longue série d’échecs. Hélas pour lui, le film ne trouva pas son public. Et c’est bien dommage en regard de la réussite qu’était ce Noir arrivé au moment ou le genre s’essoufflait. A ce propos, il existe un débat sur le décès de ce type de cinéma, lancé involontairement quoique de manière un brin péremptoire par Raymond Borde et Etienne Chaumeton qui, dans leur « Panorama du Film Noir américain » dataient la mort en 1955 avec « En quatrième vitesse ». Selon votre serviteur, c’est faux. Soit, les « Crime dramas » sont mal en point. Concurrencés par la Science fiction, les Péplums et plus généralement les grands spectacles en Cinémascope, ils peinent à survivre. Certains réalisateurs tentent des fusions (Une constante des fins de genre, il arrivera la même chose au Western italien) tel Nicholas Ray mélangeant Noir et Comédie musicale dans « Traquenard » ou tentant d’apporter du sang neuf d’une manière ou d’une autre. C’est le cas de « La soif du mal » qui ne s’essaie pas à la fusion, ni à la parodie mais fait dévier le genre vers…autre chose. Tout en en respectant les codes.
Bon, mais me demanderez vous, qu’est-ce que ça veut dire? Une minute, je m’explique. Formellement, il suit les canons du genre mais se permet un des plus beaux bals costumés de l’histoire du cinéma, déguisant des acteurs déjà reconnus comme des stars pour les rendre non méconnaissables (Ce qui eut été ridicule) mais inhabituels. Charlton Heston en mexicain, Marlène Dietrich en diseuse de bonne aventure brune, Orson Welles lui-même affublé d’une prothèse nasale qui lui donne un air camard. Mais ces détails vont au-delà de l’amusement ou d’un désir de surprendre le public. Welles donne une vision distordue d’acteurs célèbres pour leur faire jouer des personnages qui ne sont pas tout à fait ce qu’ils paraissent être. Le flic pourri Quinlan ne l’est finalement pas tant que ça, lui qui ne s’est seulement pas enrichi par sa corruption. Le mexicain Vargas quant à lui est intègre jusqu’à se comporter en inquisiteur qui oublie qu’un travail de Police exige parfois des arrangements douteux mais hélas nécessaires. Il en va également des personnages secondaires, le gardien d’hôtel binoclard et agité jusqu’à la démence (Dennis Weaver, futur acteur du « Duel » de Spielberg) le caid à perruque (Akim Tamiroff) sans compter la bande de petites frappes gominées qui maltraitent Janet Leigh,. Une faune à la fois grotesque et inquiétante qui se livre à une danse de mort. La seule chose authentique avec l’amour entre Janet Leigh et Heston. Une danse de mort dédiée à Quinlan, faux salaud et vrai victime, plus boiteux que vraiment Diable qui mourra d’une chute.
Pathétique, surréaliste, expressionniste, poussant le genre qu’il sert dans ses retranchements, « La soif du mal » marque la fin d’un genre et décrit la fin d’un homme qui s’en va presque sans bruit après avoir été le cauchemar favori des spectateurs. Le Roi meurt mais en grandes pompes au son d’une marche funèbre magnifiquement dirigée par Welles qui, à l’image de son héros n’eut pas de son vivant la reconnaissance qu’il méritait. Le tout sur l’envoûtante partition de Henry Mancini. Un chef d’oeuvre!



