Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- America’s dark corners

Aujourd’hui un dossier consacré au cinéma américain. Plus précisément à ce que nous appelons le Film Noir et ce que l’on nomme de l’autre côté de l’Atlantique les « Crime dramas ». Mais quels que soit le terme employé, il désigne la même chose: des histoires à caractère criminel, recourant autant au jeu de gendarmes et voleurs qu’au destin contrarié de citoyens ordinaires qui basculent un jour dans l’illégalité. Le genre se forma pendant la IIè guerre mondiale, connu son âge d’or jusqu’au début des années 50. Puis il passa par diverses transformations avant de disparaître. Air connu. Le Film Noir avait ses stars (Mitchum, Bogart, Tierney) ses codes et, tout en étant profondément américain, il était né de l’influence de l’Expressionnisme importé par les juifs allemands et autrichiens qui fuyaient le Nazisme. Le Film Noir était aussi un produit du système des studios et sa fin coinçida avec celle de conception du cinéma. Le Film Noir enfin, ouvrait une fenêtre de liberté en des temps dominés par la censure.

« Le faucon maltais », « Assurance sur la mort », « Le grand sommeil » comptent parmi les classiques du genre, dont l’influence perdura bien au-delà de ‘ère qui les vit naître. De la Nouvelle vague française au Nouvel Hollywood, d’illustres inconnus à des célébrités comme Scorsese, Godard ou Tarantino, tous doivent quelque chose à cette cinématographie des Fedoras et des costumes baggy.

Maintenant, il faut être honnête. Beaucoup de ces films ont vieilli et certains sont devenus difficiles à regarder. Lents, bavards, parfois trop convenus ou trop embrouillés, ils portent ce qui se faisait de pire alors. Mais pas tous. Cela va de soi. Sinon, pourquoi écrire sur eux? Ce blog, vous le savez, est celui d’un passionné désireux de partager ce qu’il aime. Mais cela n’interdit ni la lucidité, ni la critique.

Aussi ai-je décidé de composer cet article avec quelques uns des films qui m’ont semblé parmi les plus intéressants, en y ajoutant des portraits de personnalités que d’aucun considéreraient peu représentatives du sujet traité. Tant pis. Il n’est pas mauvais de surprendre de temps en temps. Après tout, le Film Noir étant déjà l’objet de nombreuses études – souvent très brillantes- répéter en moins bien leurs propos ne présenterait AUCUN intérêt.

Pardon pour cette introduction un peu longue. Alors, sans plus tarder, voici le premier des trois films chroniqués dans ce dossier!

I- « Le démon des armes/ Gun crazy A.KA Deadly is the female » de Joseph H. Lewis (1950)

Un jeune homme au penchant affirmé pour les armes à feu trouve sa moitié dans la personne d’une artiste de cirque tireur d’élite. Très vite amoureux, ils se marient, puis, poussés par leur passion commune et par la nécessité, ils cambriolent des banques.

Réalisé par Joseph H. Lewis, écrit par le mythique scénariste Dalton Trumbo (Alors sur la Liste noire, il ne fut pas crédité au générique qui ne mentionne au scénario que Millard Kaufman) ‘Le démon des armes » ne rencontra guère de succès à sa sortie en 1950, quant à la France, il n’eut droit qu’à une sortie tardive chez nous. Toutefois, malgré ou à cause de ce purgatoire, il gagna peu à peu le statut si convoité de Film culte et ce jusqu’à obtenir la chance d’une seconde carrière pendant…les années 80!

Que dire qui n’ait été dit sur « Le démon des armes »? Son érotisme ambigu jouant sur la séduction du pistolet (Même si en l’occurrence ce sont plutôt des revolvers, mais bon, passons!) la beauté à la fois glaciale et volcanique digne de l’Islande de Peggy Cummins (Qui était irlandaise, mais bon, passons!) le regard concupiscent et noyé d’alcool de John Dahl devant les prouesses à la gâchette de sa future belle, etc, etc.

Foin des récapitulations, il est bon d’en venir à l’essentiel. Le contexte qui entoure le film et plus précisément, son année de production: 1950. Le Film Noir a officiellement cinq ans, ce qui est vieux pour un genre et qui implique des changements indispensables pour éviter la répétition. Cette transformation passe en l’espèce par l’apport ou le développement de certain éléments. La violence, par exemple.

« Le démon des armes » participe de ce changement bien qu’il ne soit pas le premier à s’engouffrer dans cette brèche. « L’Enfer est à lui » de Raoul Walsh marquait ce tournant un an plus tôt et, dans le domaine du Western, « La rivière rouge » de Howard Hawks avec ses cow boys qui comparent leurs « gros et beaux revolvers », établissant un rapport entre sexe et violence. Il en de même pour « Le démon des armes » qui lie la passion amoureuse à celle des armes, fondant de la sorte la pulsion de vie et la pulsion de mort.

En cela, « Le démon des armes » brisa des barrières, fournissant une inspiration à de nombreux cinéastes. A noter pour finir qu’il eut droit à un remake homonyme et à peine officieux en 1992 avec Drew Barrymore (Vous savez, la petite fille de « E.T » qui fut arrêtée pour trafic de drogue alors qu’elle avait huit ans!) réalisé par Tamra Davis.

A suivre!


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