Aujourd’hui: « L’ensorcelée » de Jules Amédée Barbey D’Aurevilly (1854)
En Normandie au lendemain de la révolution, Jeanne Le Hardouey, épouse d’un riche paysan, tombe amoureuse de l’abbé de La Croix Jugan, ancien Chouan défiguré suite à une tentative de suicide. Jeanne meurt, les soupçons se porte sur le prêtre.

Deuxième roman du grand Barbey, « L’ensorcelée » est à la fois semblable et différent dans l’oeuvre de l’auteur susmentionné. Semblable car le livre prend à nouveau pour cadre la Normandie et à nouveau des personnages qui lui sont chers: un ancien chouan, l’héroine Jeanne aristocrate forcée d’épouser un parvenu, sans compter ce bestiaire fait de bourgeois et de paysans familier aux habitués de celui qu’on appelait parfois « Le connétable des Lettres »
Semblable mais différent. Différent en cela que le surnaturel s’invite dans le récit. Certes, en d’autres occasions, Barbey a touché – parfois de très près- au genre Gothique. Notamment dans « Une histoire sans nom »( chroniqué dans ces pages) et même dans « Les diaboliques » avec leur terrible cortège d’ombres et d’événements macabres. Toutefois, pour sinistres et exceptionnelles qu’elles soient, les histoires racontées dans les oeuvres précitées ne font jamais intervenir l’occulte. Elles pourraient se produire dans la réalité – et certains faits divers, bien réels ceux-là, s’en rapprochent. Il en va tout autrement dans « L’ensorcelée » ou le Fantastique est bien là, annoncé par la fausse mort de l’abbé, puis sa défiguration qui en font un fantôme hideux. Cela se confirme avec les figures des bergers, à la fois sorciers, travailleurs et mendiants craints et méprisés par la population (Les punks à chiens de l’époque, en fait) auquel le mari désormais veuf de Jeanne fait appel pour se venger de l’abbé qu’il croit responsable de la mort de sa femme.

Le succès du sortilège sur la personne de La Croix Jugan ôte toute place au doute quant à l’existence de la magie dans le roman. Et confère une aura de victime expiatoire au prêtre, soupçonné à cause de son aspect monstrueux mais aussi parce qu’il incarne la résistance à la révolution dont l’ordre règne désormais sur le village; On pourrait y ajouter une dimension Chrétienne en cela que, peut-être, au-delà du contexte historique, La Croix Jugan reçoit une punition divine pour avoir tenté de mettre lui-même fin à ses jours. Qui sait?





Au final, une oeuvre, riche dans son fond et brève par sa longueur, magique réaliste, romantique et brutale. En bref, à lire!
P.S: Les photos ci-dessus sont extraites du téléfilm réalisé par Jean Prat « L’ensorcelée » diffusé en 1981 Julie Philippe dans le rôle de Jeanne et Jean Luc Boutté dans celui de l’abbé.
