Aujourd’hui, un sujet sur l’Afghanistan via les livres de Joseph Kessel et George McDonald Fraser, avec un cours d’histoire en plus! Non, non, ne me remerciez pas!
L’Afghanistan…une terre qui fut convoitée par les britanniques, envahie par les soviétiques, dégradée par les Talibans. Les afghans…un peuple qui en a fasciné beaucoup, les allemands qui les qualifièrent de « Prussiens de l’Orient »et les aidèrent les même à moderniser leur armée en leur fournissant notamment des uniformes (Voir photos) ou encore Joseph Kessel qui écrivit une chant à leur gloire dans son roman « Les cavaliers » dont il va être question ici.
» Les cavaliers » racontent l’odyssée de Ouroz, cavalier « Tchopendoz » se rend à Kaboul pour participer au grand concours équestre du Bouzkachi du roi. Hélas, il se casse la jambe, est transféré à l’hôpital pour s’y faire soigner. Mais comme il refuse d’être touché par une femme, il s’enfuit, suivi de son aide et d’une femme Zéré. Avec ces derniers (Et sa jambe cassée qui ira en pourrissant au cours du récit) il entreprend son voyage de retour qui sera parsemé de rencontres pittoresques, intrigantes ou dangereuses.
Quand « Les cavaliers »paraît en 1967, il a l’effet d’une explosion qui aurait de quoi surprendre au vu de la personnalité de l’auteur. Certes, Kessel reste à ce moment une figure respectée, journaliste baroudeur et symbole de la France Libre. Toutefois, il demeure attaché à un passé et au régime de De Gaulle que la jeunesse ne va pas tarder à contester (La chose infuse d’ailleurs déjà) Aussi aura-t-il fallu un ingrédient supplémentaire pour susciter un tel engouement. En l’occurrence: l’Afghanistan. En cette année 67, les gilets en peau de chèvre commencent à fleurir dans les rues de l’Occident, signe de la fièvre orientaliste qui touchent les hippies. Toutefois, l’esthétique est loin d’être le seul emprunt des chevelus au monde oriental voire asiatique. Drogue et philosophie constituèrent l’alphabet de nombre d’entre eux. Ils le suivirent souvent aveuglément, guidés un Rousseauisme au goût du jour. Eh oui, le bon sauvage avait ressuscité dans l’esprit d’occidentaux immatures qui voyaient comme une preuve de pureté le fait de se parer de leurs attributs et de se payer des vacances toxicologiques chez lui. Pour en revenir guère plus affranchi.
Kessel ne partageait en rien cette candeur. Tanné par l’aventure et trop madré de nature pour céder aux chimères de ces temps, il écrivit avec « Les cavaliers » une fresque pleine de l’âpreté, de la brutalité et même de la cruauté de ce pays. Le livre commence par un accident qui débouchera sur la mutilation du héros et s’achève sur un viol. Néanmoins, si Kessel brosse un portrait sans concessions d’un pays et de ses habitants taillés à la serpe, il n’exprime nul mépris à leur égard. Il les dépeint dans leur vérité, dans ce qu’elle a de plus choquant mais aussi dans leur force d’âme.

Joseph Kessel entouré de Tchopendoz, cavaliers afghans participant au Bouzkachi – compétition équestre proche du Polo- organisé par le roi d’Afghanistan, laquelle est aucentredu roman « Les cavaliers »

Zahir Shah, roi d’Afghanistan passant ses troupes en revue.




« Flashman » de l’auteur britannique George McDonald Fraser paru en 1969 prend lui aussi l’Afghanistan pour cadre mais traite le sujet sous un angle évidemment bien différent que celui choisi par Kessel. Il faut d’abord idre un mot de l’auteur, beaucoup moins connu que Kessel A ce propos, il existe dans l’édition française une certaine négligence quant aux écrivain britanniques, mais par le fait c’est pas la question) George McDonald Fraser débuta en tant que journaliste (Tout comme Kessel, tiens!) mais se piqua vite d’écrire des romans historiques lesquels furent refusés par tout les éditeurs que Fraser leur proposa. Qu’à cela ne tienne, suite à une mûre réflexion Fraser décida d’écrire des romans historiques….mais teintés d’humour, spécialité insulaire comme chacun sait. Ainsi naquit Harry Flashman, officier de sa Majesté couard, menteur, brutal et imposteur qui survit aux pires dangers avec une veine de cocu (Ce qu’il est probablement à en juger par ses doutes quant à la fidélité de sa femme) Ce personnage qui à priori a tout pour être détesté inspire pourtant la sympathie grâce à son humour et à son absence totale d’illusions sur son propre compte.
Dans le roman qui nous intéresse (Le premier d’une série soit dit en passant) Flashman promène sa lâcheté et sa belle prestance en…Afghanistan au moment de la campagne militaire menée par les britanniques contre les fiers montagnards locaux, sous le commandement du triste général Elphinston que Flashman qualifie de « Plus grand crétin militaire de ces temps et même de ceux à venir ». A juste titre, car l’Armée de sa Majesté essuya un des plus grands et des plus humiliants de son histoire à Jallalabad.
Drôle, grinçant et alerte, « Flashman » est une réussite du roman néo-picaresque qui n’est pas sans rappeler, toutes proportions gardées, Fielding. Une chose toutefois me gêne dans cette satire de la Grande Bretagne outremer, car j’ai toujours eu une certaine méfiance envers les gens qui dénigrent leur pays sous couvert d’humour. Cependant, il n’est pas mauvais non plus de relever les tares d’une histoire nationale au travers des gloires usurpées et des héros de carton qu’entraînent fatalement les grandes épopées. Ceci posé, il convient dans le cadre de cet article à la fois historique et littéraire de signaler cet aspect majeur de ce roman: la défaite britannique face aux afghans. Elle annonce en effet un autre échec cuisant et beaucoup plus proche de nous: celui des soviétiques lors de cette guerre qui éclata à l’aube des années 80.

Le camarade Georges en compagnie de son ami Leonid.

A titre personnel, je n’oublierai jamais ce réveillon de Saint Sylvestre 1979 à peine troublé par cette nouvelle: l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS. Mais, une fois les agapes finies, le monde occidental prit la mesure de l’événement. Jusqu’à un certain point, cela va de soi. A cette heure,il va de soi que personne ne pouvait voir si loin. L’opinion mondiale et notamment française s’émouvait parfois par anti-soviétisme, parfois par cet agaçant droit de l’hommisme. Bon toutou, le camarade Georges Marchais (Premier s’crétaire du Parti Communisse françès!) défendait ses maîtres du Kremlin avec son inégalable (Mais pas inimitable) dialectique dont la mauvaise foi et le ton prolétaire (Il faudrait que les gens savent!) dont le charme nous rappelle une époque révolue en suscitant un pincement au coeur. Mais dans ce concert d’émotions, il y avaient les grandes personnes qui mettaient en pratique leurs idées. Les américains. Leur président, Jimmy Carter, prédicateur et marchand de cacahuètes, ne supporta pas l’agression d’un pays religieux par une puissance athée. Aussi envoya-t-il (Alors qu’au même moment, les diplomates américains moisissaient dans des réceptions de l’ambassadeur imposées par Téhéran) des conseillers militaires sur place avec une mission très claire: saigner à blanc les russes.
Mission accomplie. Qui révéla l’agonie de la puissance russe érigée par Lénine avant le désastre de Tchernobyl. Et qui surtout et pour le malheur du monde organisa les Talibans.
Il reste pour se consoler les pitreries du couard et canaille Flashman et le périple aux allures de calvaire d’Ouroz narré par Kessel. Une part de rêve qui porte un peu de la violence du réel pour mieux nous la rendre acceptable. Au moins un peu.
A bientôt!
