Aujourd’hui: « Gainsbourg, ou la provocation permanente » de Yves Salgues (1989)
La vie du célèbre musicien par Yves Salgues qui mêle à l’étude de son sujet une réflexion sur la chanson ainsi qu’une analyse sur sa propre vie.

Certains sont peut-être surpris de trouver une biographie d’un chanteur de variétés au sein de cette rubrique « Littérature ». Il est vrai que les ouvrages relevant de ce genre sont d’abord et avant tout des documents destinés aux fans et aux curieux. Dans le meilleur des cas, ils remplissent leur fonction instructive, dans le pire des bréviaires du ragot, ou, ce qui ne vaut guère mieux, des hagiographies souvent odes à la platitude. Entre les poubelles consacrées à Elvis et John Lennon de feu le sieur Albert Goldman, les gestes des groupes de Heavy Metal à perruques des années 80 qui, peu importe les artistes, ne diffèrent que par les dates, les noms et les lieux, et ceux qui appartiennent au domaine de l’album photos, la biographie de chanteurs est un genre bien malmené. Et que dire, comme si cela ne suffisait pas des biographies à prétentions littéraires? ‘Hellfire » le soufflé si vite retombé que Nick Tosches consacra à Jerry Lee Lewis.
Soit, mais qu’en est-il du livre présenté en ce jour? Il s’agit en fait d’un pari. Celui de mélanger, outre le récit de la vie d’un artiste très connu déjà légendaire de son vivant, une réflexion sur la musique dite de variétés et en enfin le parallèle dressé par l’auteur entre le parcours de Gainsbourg et le sien.

A première vue, l’entreprise semble reposer sur des bases hétéroclites et respirer un narcissisme déplacé. En principe, quant n écrit sur soi, on écrit une autobiographie, et non une biographie. Il était permis en pareil cas de craindre le pire. Heureusement, il n’en est rien. L’auteur tisse intelligemment une toile composée de sa propre expérience de toxicomane repenti, de l’alcoolisme de Gainsbourg et des souffrances qui en sont à l’origine, de l’évolution du Show-biz national à travers la carrière du beau Serge et de l’évolution de la France tout court. Salgues n’omet pas non plus les amours et l’entourage pour le moins bigarré du chanteur (Lire cette phrase savoureuse au sujet des gardes du corps anciens du Corps des Marines: »Le Marines m’ont toujours fait peur, même ceux de Stanley Kubrick) et se sert de sa propre existence non seulement pour exorciser le drame de sa vie – la drogue- mais aussi pour montrer à quel point le dénommé Lucien Gainsbourg fut un compagnon par sa musique de ses épreuves tant physiques que morales.
Et c’est ce qui explique la très grande implication de Salgues dans son projet, sensible à chaque page. Gainsbourg apprécia plus ou moins cette démarche qui l’insupporta parfois, au point qu’il demanda – et obtint- la suppression de quatre pages.
Publié un an et demi avant la mort de Gainsbarre, « Gainsbourg ou la provocation permanente’peut être considéré comme l’élégie d’un artiste singulier à la fois élitiste et populaire, exhibitionniste et secret et, surtout tellement accroché au coeur des français au-delà des générations et des classes sociales car reflétant , en dépit de son caractère unique, le pire et le meilleur qui existe en chacun de nous.
En bref, à lire!
