Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Littérature française

Aujourd’hui: « Une histoire sans nom » de J.A Barbey D’Aurevilly (1872)

A une époque indéterminée mais qu’on peut situer entre la fin du XVIIIè et le début du XIXè siècle, Jacqueline de Ferjol veuve inconsolable vit retirée dans les Cévennes avec sa fille Lasthénie. Les deux femmes n’ont pour seule compagnie que leur servante et, pour ce qui concerne la mère, la dévotion.

Cette existence austère est bouleversée par l’arrivée de Riculf, moine fanatique sous la coupe duquel tombe Madame de Ferjol. Spirituellement, cela va sans dire. Bien entendu, elle l’héberge, persuadée d’avoir un saint sous son toit. Mais les Tartuffes ont survécu à l’époque de Molière et Riculf s’en avère être un, et de la pire espèce. Madame de Ferjol s’en rend compte après son départ quand sa fille – et ce en dépit de tout ses efforts pour le cacher- est enceinte des oeuvres du moine.

Evidemment, tout cela débouchera sur un drame.

Court roman, « Une histoire sans nom » est d’autant plus percutant qu’il est bref. Loin de nombre d’oeuvres de Barbey D’Aurevilly ou fourmillent lieux et personnages, le récit est centré sur le duo mère/fille, la servante n’étant qu’un satellite et le moine le déus ex machina de l’histoire. Avant d’être l’histoire de Lasthénie, « Une histoire sans nom » est d’abord celle de sa mère, dont le veuvage est le point de départ du drame. La déchéance de son enfant n’en est que la conclusion. On a donc affaire ici à une damnation qui frappe une famille un peu à la manière des Atrides à cette différence que la famille est réduite à minima.

Certains y ont vu une critique de la religion via la piété presque fanatique de Madame de Ferjol, ce qui est le reflet des contradictions de Barbey, lui-même monarchiste et catholique fervent qui déclarait: « Quoi de plus bête qu’un royaliste sinon un catholique? » (Il est permis d’ajouter que sa vie privée n’allait pas tout à fait dans le sens de ses convictions religieuses, ah les belles écuyères!) Mais au-delà de la boutade et de l’apparente contradiction, il faut -selon moi- y voir moins une critique de la foi que de ses excès, ces derniers étant incarnés par Madame de Ferjol.

Outre cette profondeur, le livre a aussi pour lui sa forme, le style à la fois nerveux et poétique de Barbey et son emprunt à l’esthétique Gothique, dont le normand fut au travers de cet ouvrage et de quelques autres ( Notamment le merveilleux « Les diaboliques »!) un représentant plus que digne.

Pour finir, il faut signaler le téléfilm tiré du livre réalisé en 1981 par Jeannette Hubert avec Anouk Ferjac dans le rôle de Madame de Ferjol et Patricia Calas dans celui de Lasthénie. En guise de bonus, il faut ajouter que le nom de Lasthénie devint celui d’un syndrome en psychiatrie désignant une forme d’autodestruction. Ironiquement, Patricia Calas, interprète de Lasthénie, devint par la suite psychologue clinicienne!

A bintôt!


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