Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Littérature fantastique

Aujourd’hui: »Ecole des monstres » de Marc Agapit (1963)

Marthe est une veuve dévorée par l’avarice qui vit à la campagne dans une solitude totale que ne vient même pas orner un animal. Forcément, un animal, ça mange. Tout change cependant quand ses deux soeurs reviennent vers elles après une brouille concernant l’héritage familial. Marthe les accepte chez elle en dépit de la haine qu’elles lui inspirent et à cause de leur fortune. D’abord aveuglée par la cupidité, Marthe finit par se rendre compte que ses soeurs se livrent en secret à d’étranges activités, tandis que des enfants disparaissent dans la région….

Marc Agapit, un des nombreux pseudonymes d’Adrien Sobra, fut un des auteurs phares de la collection « Angoisse » de Fleuve Noir qui exista de 1953 à 1974. Agapit avait pour héros, ou plutôt pour personnages principaux des gens d’âge mur, souvent célibataires, de condition moyenne et toujours torturés par les frustrations de leurs vies médiocres. « Ecole des monstres » ne fait pas exception à la règle avec sa radine vieillissante dont l’existence ordonnée autant que minable est bouleversée par le retour inattendue de ses soeurs. Fines mouches, ces dernières jouent sur l’avidité confinant à la bêtise de Marthe pour mener à bien un projet délirant que ne renieraient pas Alice Coffin et ses copines: enlever des enfants afin de les conditionner pour créer une gynarchie. Autrement dit une société dominée par les femmes.

Cruel, teinté d’un humour très noir et très actuel en regard des préoccupations de notre époque, « Ecole des monstres » fut considéré par certains comme féministe. A tort. On sait peu de choses d’Agapit sinon que sa vie ne fut pas encombrée par la gente féminine, ce qui laisse à penser qu’il ne l’aimaitt pas, peut-être au sens le plus large. Si on ajoute à cela les figures féminines à la fois grotesques et inquiétantes qui habitent « Ecole des monstres », il semble bien improbable d’avoir affaire ici à une quelconque propagande féministe. Sans doute faudrait-il davantage y voir un miroir de certaines angoisses masculines face aux déviances d’illuminées qui confondent libération des femmes et asservissement des hommes.

Un des meilleurs livres de son auteur. Un des plus intelligents aussi au milieu d’une production pléthorique et forcément inégale.

En bref, à lire!


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