Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma américain

Aujourd’hui: « La valse des pantins/King of comedy » de Martin Scorsese (1982)

Rupert Pupkin, comique raté, harcèle Jerry Langford présentateur vedette afin qu’il puisse passer dans son émission et y jouer ses sketchs. Essuyant refus sur refus, Pupkin décide d’enlever Langford pour parvenir à ses fins.

La gloire. Poursuivie par beaucoup de tout temps, rarement attrapée, toujours désirée. Mais depuis l’apparition du tube cathodique, elle semble bizarrement plus accessible. Plus besoin d’être un conquérant, un gladiateur, un politique ou un artiste. Il suffit de paraître devant l’objectif, et hop!

C’est ce qui arrive à Rupert Pupkin, le « héros » de « La valse des pantins » qui de Charybde en Scylla parvient au sommet de la renommée dont chacun sait grâce à Georges Brassens que les trompettes sont mal embouchées. Sorti en 1982, le film prédisait presque la Téléréalité que nous ne connaissons que trop bien. Presque, car Jerry Lewis avait prédit la chose dans « Le zinzin d’Hollywood » ou un grouillot de studio devenait célèbre malgré lui en semant la panique sur un plateau de tournage. « Il se communique! » affirmait un des producteurs du film devant ce beau désastre. Ce qui prouve qu’avec un peu de chance et un peu de candeur, une série de bourdes peut sembler une oeuvre d’art. Aussi n’est-il peut-être pas un hasard si Scorsese a confié le rôle de Langford, l’idole de Pupkin, à Lewis? Il est permis de le penser.

Quoiqu’il en soit, le film expose son propos avec pertinence, très bien servi en cela par ses acteurs. De Niro en tête, d’ailleurs à l’origine du projet (Ce qui fut également le cas pour « Raging bull ») et qui résonne aujourd’hui de manière particulière dans la carrière du comédien. Le personnage de Pupkin n’est pas sans annoncer celui du comique raté et criminel en devenir de « Joker »…dans lequel joue De Niro, dans un rôle proche de celui de Lewis dans « La valse des pantins », qui plus est!

Désir de célébrité poussé jusqu’à la violence, mépris pour « Ceux qui ne sont rien » (Merci monsieur le président), médiocrité érigée en religion dès lors qu’elle apparaît sous les projecteurs….un grand film, riche à l’esthétique très travaillée des éclairages criards parodiant ceux de la télévision aux costumes – comme toujours chez Scorsese- en particulier les complets acidulés de De Niro qui se placent idéalement dans sa filmographie avec Scorsese entre « New York, New York » et « Casino » Point de superficialité ici, le costume d’un personnage, c’est son armure (Dixit Jean Pierre Melville) et l’expression de ce qu’il est.

On n’oubliera pas la performance de Sandra Bernhard, complice de Pupkin, comique peu connue en France mais révérée aux Etats Unis. Déjantée, atteinte de diarrhée verbale et pleine d’une sensualité inquiétante.

Au final, un grand film méconnu. A redécouvrir!


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