Littérature française.
Aujourd’hui: « L’affaire Courilof » de Irène Némirovsky. (1932)
Alors que la monarchie russe vit ses derniers jours, un jeune bolchevique est chargé d’éliminer un ministre du Tsar tombé en disgrâce. Pour parvenir à ses fins, le jeune homme se fait passer auprès de sa victime pour un médecin. Sa cible est en effet un vieillard malade, ce qui n’ira pas sans susciter des troubles de la conscience chez celui qui doit l’assassiner.

Irène Némirovsky surprend par cette « Affaire Courilov » qui se rapproche sans le dire du roman noir. Oui, elle surprend elle qui était habituée aux chroniques acides du Grand Monde. Certes, ce court récit ne s’écarte pas vraiment de ce milieu mais là il y a un projet d’attentat dans l’affaire, et cela change les choses. On ne blesse plus à coups de disgrâces sociales, on ne ruine plus les fortunes. On tue. Je n’ajouterai pas « Tout simplement » car la tâche de Léon, l’assassin mandaté par les Bolcheviques, va s’avérer plus difficile que prévu. A ce propos, « L’affaire Courilov » offre une vision intéressante des rapports qu’entretient un tueur avec sa cible. Partant le coeur froid, déterminé à accomplir sa mission, Léon méprise d’abord le vieux ministre puis le prend en pitié en raison de sa maladie. De surcroît, le livre offre un éclairage assez rare sur la révolution russe en révélant la piètre opinion que les révolutionnaires avaient du peuple qu’ils étaient censés « libérer ». Il faut lire les pages ou Léon -qui est également le narrateur- évoque son enfance au milieu de « petits paysans bien stupides »

Un mot de l’auteur avant de finir, Irène Némirovsky (1903/1942) fille de financiers ukrainiens installés en France pour fuir la révolution bolchevique. Marquée par la culture et la littérature de son pays d’adoption, la jeune femme se découvre une vocation d’écrivain. Elle laissera une oeuvre faite de romans courts et de nouvelles satiriques. Elle mourut en déportation. L’histoire littéraire étant cruelle, elle recevra le prix Renaudot en 2004 pour sa fresque inachevée sur la débâcle française « Suite française ». Une journaliste fit alors remarquer que le jury attribuait sa récompense à un auteur défunt (Non, je n’écrirai jamais en inclusif, na!) parce que le niveau des vivants était trop bas. On ne saurait mieux dire. Et ça ne s’est pas arrangé depuis!
