Littérature française
Aujourd’hui: « Le grand d’Espagne » de Roger Nimier (1950)
Il fallait bien que j’en parle un jour. Nimier tient une place à part dans mes goûts livresques tant il est légendaire. Membre éminent des Hussards, mouvement littéraire et politique de droite ennemi de Sartre et sa clique auxquels il balançait des romans pleins de panache, loin des vomissures anti-patriotes et sans vie du crapaud frappé de strabisme. Michel Déon, Antoine Blondin, Albert Vidalie, Marcel Aymé constituèrent cette troupe de choc du stylo avec pour beau gosse (Non, je ne dirais pas Chad les amis!) Nimier, le plus précoce, le plus impatient, mousquetaire et James Dean à la fois qui vivait vite et en imposait par son look de dandy d’Après-Guerre à la brosse de marsouin. Oui, il y avait du James Dean chez Nimier qui partageait avec le teenager originel le goût de la vitesse et qui comme son lointain cousin d’Amérique périt par sa passion des moteurs à l’âge de 37ans. par un jour de septembre 1962.
Il écrivit beaucoup lors de sa courte vie, romans et nouvelles, dialogues pour le cinéma (Ah « Ascenseur pour l’échafaud », déjà évoqué dans ses pages) et essais. C’est d’un livre relevant de ce dernier genre qu’il sera question « Le grand d’Espagne »

Dans le premier des sept essais qui composent ce recueil et lui donne son titre, Nimier clame son admiration pour celui qu’on appelait parfois le majorquin. Il est vrai que l’auteur du « Journal d’un curé de campagne » était un cumulard s’agissant des motifs de révérence. Romancier monumental multipliant les chefs d’oeuvres, qui maniait la plume autant que la canne lors de bagarres mémorables à l’assemblée nationale. Motard, doté d’une allure folle, voyageur qui emmenait les siens tout au long de ses pérégrinations autour du monde (Voir à ce sujet l’article sur son fils Michel Bernanos, également romancier, prometteur mais qui mit fin à ses jours. Encore un trésor perdu) et surtout, surtout témoin aiguisé de son temps. Oui, Bernanos était d’une lucidité presque terrifiante que ce soit sur la Guerre d’Espagne dans « Les enfants humiliés » ou le devenir de la France après la Libération dans « La France contre les robots ». Ce dernier ouvrage traitait des dangers de l’uniformisation et la consommation à outrance qui guettaient les français, risquant de les rendre apathiques et veules.
Nimier en peu de mots rend compte de tout cela et par là même annonce la tonalité générale de son ouvrage. Car tout est cohérent ici, et articulé sur les constats de Bernanos tels que rapportés par le créateu du « Hussard bleu ». La médiocrité dénoncée est confirmée par les divertissements (Voir le texte « Les actrices, mythe moderne) et la « pensée nouvelle », le catéchisme existentialiste enseigné par le père Sartre.

Mais ces tristes constatations ne virent pas aux pleurnicheries, une des marques des Hussards d’affirmer un pessimisme viril. Les propos de Nimier ne manquent pas ni de force ni d’élégance, encore moins de style, le tout emballé dans un humour impertinent qui caractérisait l’homme autant que l’écrivain.
En bref, à lire!
Pour finir, cette image glanée au moment de ma recherche d’illustrations pour ce billet. Celle-ci est extraite d’un blog consacré à Nimier dont je vous recommande la visite.

A bientôt!
