Le meurtre de Kennedy….vu de France.
L’assassinat de Kennedy…une tragédie qui marqua à jamais les Etats Unis ainsi que le reste du monde et qui demeure plus de soixante ans après nimbée de mystères que désormais tout le monde connait. La balle magique, le tireur qui n’était sans doute pas le bon, le meurtre du coupable présumé, la nébuleuse d’intérêts et de haines qui aboutirent à la mort du président…Autant de raisons qui invalident la thèse selon laquelle Oswald aurait agi seul et qui suscitent encore les études et les théories parfois délirantes. Sans compter des livres et des films et pas seulement d’un point de vue américain.
La France aussi s’y est intéressé via le cinéma et la littérature. Afin d’illustrer ce dossier j’ai choisi le film d’Henri Verneuil « I comme Icare » (1979) et le livre de Marc Dugain « La malédiction d’Edgar » (2005) lesquels traitent de manière très différente de ce trauma du XXè siècle.

« I comme Icare » décrit l’assassinat du président d’un pays imaginaire puis l’enquête qui en découle menée par un procureur tenace qui va vite se rendre compte que la vérité est plus complexe que celle présentée par le comité chargé d’enquêter sur l’affaire.
En dépit du contexte d’un pays imaginaire – un curieux mélange entre la France et l’Amérique- il ne fait guère de doute que « I…comme Icare » est une interprétation de l’enquête menée par le procureur Garrisson dans la réalité. A l’époque de sa sortie, le film n’est déjà pas le premier à aborder le sujet. Parmi les précédents, il y a « Complot à Dallas/ Executive action » de David Miller (1973) qui retraçait le complot du point de vue des conjurés – sur un mode hypothétique. Tout comme l’opus de Verneuil, lequel s’avère une description des manipulations dans les coulisses de l’état, y compris quand celui-ci se prétend une démocratie. Verneuil procède par petites touches pour servir son propos. Partant d’un témoin suspect pour parvenir à une cassette audio qui contient la clé de l’affaire, le récit démontre sans la lourdeur qu’aurait pu entraîner un pareil sujet. Mais le moment le plus fort demeure celui de « L’expérience de Milgram » qui consiste à tester le degré de soumission d’un individu en le faisant participer à un simulacre d’interrogatoire. La scène fort impressionnante est de surcroît suivie d’une autre ou un scientifique explique les ressorts qui amènent une personne à commettre le pire pourvu qu’une autorité supérieure le persuade que c’est au nom du bien. Le film est d’ailleurs rempli de ces gens aussi bien intentionnés que soumis, à commencer par le tueur. Et ce ne sont que deux des nombreux thèmes traités ici. Un oeuvre brillante donc. Et qui a la distribution qu’il mérite, de Yves Montand à Roland Blanche en passant par Pierre Vernier et Roger Planchon (Le scientifique susmentionné) On notera aussi la présence dans un bref rôle de Brigitte Lahaie.

Il y a le point de vue des enquêteurs. Il y a le point de vue des auteurs du complot. C’est celui-ci que choisit Marc Dugain dans « La malédiction d’Edgar », biographie romanesque et non romancée de J.Edgar Hoover, redoutable patron du F.B.I.
Il ne s’agit pas dans le cadre de cet article une analyse, fut-elle rapide, du livre de Dugain, lequel brasse de nombreux sujets, ce qui nous conduirait….au hors sujet! Blague à part, je me concentrerai sur l’éclairage intéressant sur les relations houleuses entre Hoover et les frères Kennedy et partant, forcément (Comme dirait Marguerite Duras!) le rôle du premier flic des Etats Unis dans l’assassinat de JFK. Intéressant car il montre le conflit de générations entre les trois hommes à la source de l’antipathie d’Hoover pour la célèbre famille. Bien sûr, Hoover craignait que la volonté des Kennedy de tout changer menace son énorme pouvoir mais cette peur qui n’avait rien de déraisonnable se doublait aussi de ces susceptibilités qui n’épargne personne (J’en sais quelque chose!) et surtout pas les grands de ce monde. En effet, les Kennedy se moquaient volontiers du grand chef, notamment à cause de ses moeurs qu’on qualifiera d’antiques. (Bon, pour l’anecdote, Hoover portait des pantalons de dentelle à ses moments perdus, mais ce n’est pas le problème) Plus sérieusement, le livre évoque aussi les cafouillages qui se produisent au plus haut niveau de responsabilité, ce qui fait d’autant plus froid dans le dos qu’en l’espèce cette responsabilité dévie vers une voie qu’il faut bien appeler criminelle.
Sur ce je vous laisse. A bientôt!

