« Police! »
Les policiers et le cinéma entretiennent depuis longtemps des rapports privilégiés, pas forcément flatteurs pour les représentants de l’ordre, mais fréquents. Des « Keystone cops » de l’âge du muet aux « Bad boys » des productions Bruckheimer, ridicules ou héroiques, terrifiants ou rassurants, ils sont toujours là. Mais ou là? dans le cinéma policier bien sûr mais aussi dans la comédie ou l’horreur ou tout autre genre.
Bon. Foin des clichés en guise d’introduction. Venons en au thème de cet article. Le policier en uniforme. L’uniforme incarne l’autorité, qui rassure ou inquiète voire devient parfois un sujet de dérision. L’uniforme qui en l’espèce ajoute une touche militaire pour une fonction pourtant civile et distingue cette profession du commun des mortels, à la différence du flic en civil – quoiqu’il y aurait à dire à la tenue des policiers « en bourgeois » comme on disait autrefois dans le Milieu qui s’apparentait à une sorte d’uniforme. C’est de cela dont il sera question ici à travers quelques oeuvres phares, oubliées pour certaines, demeurées mythiques pour d’autres. C’est parti!
« Punishment park » de Peter Watkins (USA, 1971)
Suivant une loi autorisant le Congrès (Le « McCarran act » qui existe réellement et fut voté lors de la chasse aux communistes pendant les anées 50) à détenir des personnes suspectes de nuire à la sécurité intérieure des USA, un tribunal se réunit pour juger des contestataires opposés à la guerre du Vietnam. Ces derniers déjà condamnés à de très lourdes peines de prison se voient offrir la possibilité de commuer leur peine s’ils participent à « Punishment park » une sorte de Koh-lanta consistant à chercher un drapeau américain à 85 kilomètres en plein désert sans eau ni vivres le tout sur une durée de trois jours et sous la surveillance de la Police. Autre règle, et pas la moindre, quiconque est arrêté doit retourner en zonzon. Ils sont par ailleurs suivis par une équipe de télévision qui rend compte heure par heure des événements.
Bon. Je passerais sur le discours idéologique du film pour me concentrer sur l’image de la Police qu’il en donne. Cette dernière émane des discours anti-establishment en vogue alors, motivé par la guerre du Vietnam et la répression dont ses opposants faisaient l’objet. Il est clair ici que le flic incarne le pire de sa profession en apparaissant comme un robot tueur au service d’un état totalitaire d’autant plus odieux qu’il se pare des ornements de la liberté.

« Les flics ne dorment pas la nuit/ The new centurions » de Richard Fleischer (USA, 1972)
Entre désillusion et cocasserie, le quotidien et l’amitié de deux policiers de Los Angeles, l’un aguerri, l’autre débutant.
Tiré du roman homonyme de Joseph Wambaugh, qui fut membre du LAPD avant de se reconvertir dans l’écriture, « Les flics ne dorment pas la nuit » opte pour approche presque documentaire du métier de policier et aborde à ce titre un certain nombre de questions relatives à ce sujet telle la vocation (« Doit-on faire ce métier parce qu’on l’aime ou parce qu’on l’a appris? ») la présence des minorités au sein des forces de Police (Le flic latino joué par Erik Estrada pas encore compromis dans « CHIPS ») les raisons de l’engagement, l’attitude de la population envers ceux qui doivent la protéger et bien sûr les risques inhérents à cette profession. Le point de vue adopté est profondément humain (« A fortiori des hommes » diraient les Inconnus!) le ton sobre, sans complaisance mais avec une empathie évidente. Le propos est résumé par la discussion dans un bar entre les deux héros. L’aîné du duo déplore la versatilité de l’opinion mais conclut tout de même par « Les lois changent, pas les gens! » , le plus jeune les comparent son collègue et lui (Et ainsi l’ensemble de leurs confrères) aux centurions romains qui comme ces policiers du XXè siècle étaient déconsidérés mais n’en demeuraient pas moins indispensables. Ces centurions évoqués par le titre original, lequel était tellement moins bateau que celui donné par les distributeurs, lesquels prêtaient des insomnies aux flics. Bernique!

« Magnum force » de Ted Post (1973, USA)
Plusieurs truands chevronnés sont coup sur coup éliminés de manière aussi sadique qu’efficace. L’inspecteur Harry Calahan qui passait dans le coin se rend compte que les auteurs de ces assassinats ne sont autres que de jeunes recrues de la Police fanatisés par leur supérieur.
Ce deuxième volet des aventures du policier le plus controversé de la ville de San Francisco apparaît comme une correction du premier opus qui avait fait passer le personnage en raison de ses méthodes expéditives pour un suppôt du petit moustachu (Ce qui n’a aucun sens, il ne faut pas oublier que Scorpio, son adversaire du premier film, était un fieffé raciste traitant une personne de couleur de « Saloperie de pourriture de n….) En effet, ici il semble modéré face à ce trio de jeunes policiers impitoyables dont les agissements donnent à leur uniforme une connotation suppôt du petit moustachu. « Vous finirez par tuer des gens qui traversent en dehors des clous » leur dit-il d’ailleurs dans la scène qui précède leur élimination. Si l’on peut regretter le manque de dingueries et de punchlines (Qui seront par contre au rendez-vous dans les opus suivants de la série) il faut saluer l’intelligence et la clarté du propos qui remet à sa vraie place l’inspecteur du SFPD: celle d’un réactionnaire, un sherif des premiers temps de l’Amérique sans rapport avec une jeune garde aux aspirations totalitaires et donc fascistes.

« Electra glide in blue » de James William Guercio (USA, 1973)
Le meurtre d’un vieillard qui vivait isolé dans la campagne n’intéresse personne. Personne sauf un policier de la brigade des motards que personne ne prend au sérieux en raison de sa petite taille et de ses capacités intellectuelles prétendument limitées. Son zèle lui donnera cependant raison en le menant à la vraie cause du décès du vieil homme.
Seule réalisation de James William Guercio (Du moins à ma connaissance) dont l’activité principale était le management du groupe Chicago, « Electra glide in blue » est un coup de maître. Il se distingue des autres films chroniqués ici en cela qu’il propose un personnage de parfait outsider,seul contre tous, porté par une foi dans sa mission qu’il ne partage forcément avec personne. Néanmoins, comme ses homologues, et ce en dépit de la conviction de son personnage, « Electra glide in blue » dresse un constat de la désillusion qui frappe l’Amérique en ce début d’années 70. Entre rêve hippie agonisant et crise de confiance dans le régime politique (Le scandale du Watergate vient d’éclater au moment de la sortie du film) le pays ne sait plus quel chemin suivre ce qui fait du petit motard un membre du dernier carré qui y croit encore. Le ton est donné dès le générique qui le montre revêtir méticuleusement son uniforme tel un prêtre enfilant sa chasuble.

« Bandes de flics/The choirboys » de Robert Aldrich (USA, 1977)
Le quotidien de policiers de quartier plus occupés à se jouer des tours qu’à protéger les citoyens.
Tout comme « Les flics ne dorment pas la nuit », « Bandes de flics » s’inspire d’un roman de Joseph Wambaugh mais contrairement au film de Fleischer, le ton est sarcastique, agressif et, pour tout dire, vulgaire. Mais c’est voulu. Et plutôt efficace pour mener à bien cette galerie de portraits (Et donc étude de caractères) doublée là aussi d’un état des lieux de la Police qui n’est autre que celui de l’Amérique qui n’en finit pas d’essuyer ses désarrois. Ce choix est très bien servi par l’excellente distribution allant du vétéran Charles Durning à un James Woods encore peu connu, en passant par Lou Gosset Jr, Randy Quaid, Stephen Macht et quelques autres. Un point intéressant et qui a toute sa place dans ce dossier, la fascination sexuée pour l’uniforme (Voir la scène hilarante ou le flic fasciste de service est dragué par une folle perdue de la meilleure eau) ce qui me permet de faire le lien avec le film suivant:


« La chasse/Cruising » de William Friedkin (USA, 1979)
Suite à une série demeurtres frappant des homosexuels ayant tous en commun d’appartenir à la scène Gay SM de New York, la Police décide d’envoyer un de ses membres (Pas de mauvais jeux de mots, s’il vous plaît!) enquêter sous couverture afin de découvrir le coupable.
Inspiré par le livre-enquête très controversé de Gerald Walker qui relatait les effets de meurtres ayant eu lieu dans le milieu homosexuel de Greenwich village au milieu des années 60, « Cruising » suscita le scandale dès son tournage, lequel vit de nombreux activistes manifester de bien agressive manière. Dénoncé, incompris, vu au mieux comme ennuyeux, au pire comme homophobe, le film de Friedkin traite en fait de la question de l’identité. Celle du policier joué par Al Pacino à l’évidence troublé par l’univers que son investigation l’amène à fréquenter, celle de l’assassin qui demeure énigmatique jusqu’au bout. Il est intéressant de noter que Pacino a souvent interprété des personnages à la sexualité incertaine ou perçue comme telle par les autres. C’est ici que cet aspect s’avère le plus saillant et qui se confond avec le caractère fétichiste de l’environnement évoqué. A ce propos, l’une des scènes les plus marquantes est celle ou Pacino entre dans un bar ou tout le monde est habillé en flic sauf lui! A noter que le livre se situait dans le milieu homosexuel classique et que le choix de Friedkin de le transposer dans le monde SM était motivé par des raisons visuels. En effet, les bottes, les chaînes et les casquettes rendaient mieux selon le réalisateur que « Des types en polo se tenant gentiment par la main » Dont acte. Goût des uniformes, débarrassés de leurs rôles d’identification pour devenir adjuvents du désir. Ce qui nous mène à….
« Haltéroflic » de Philippe Valois (France, 1983)

Un culturiste est retrouvé mort assassiné. Très vite, les soupçons se portent sur un grec patron d’une salle de sport. Un jeune inspecteur complexé mène l’enquête et, pour ce faire, adhère à la salle du suspect. Il se noue alors entre eux une relation sadomasochiste. Parallèlement, un confrère de l’inspecteur poursuit quant à lui des investigations sur la victime prétendument membre d’un groupe terroriste. S’ajoute à cela que ledit policier s’habille en femme pour passer incognito. Ben voyons….
Un policier maigrichon qui cherche la force qui lui manque quitte à finir couvert de plâtres. Un policier terne, chauve et moustachu qui s’approprie le charme qui lui manque en empruntant le charme des femmes via le travestissement. Philippe Valois a toujours eu pour thème le désir, lequel est également au centre de « Haltéroflic »mais contrairement à ses précédents films « Johann » et « Nous étions un seul homme », le désir porte sur ce que l’autre possède et non sur l’autre lui-même. Muscles sailants et luisants, détournement parodique de l’uniforme de policier (Voir l’affiche ou l’acteur Serge Avedikian est projeté avec un ensemble bandages/képi, très seyant) narration multiple, mélange des genres (Dans tous les sens du terme!) allant du polar au vidéo clip (Participation du défunt groupe « Ici Paris ») et même dans une certaine mesure fantastique. Voilà un méli-mélo typique de son auteur, riche, intéressant mais pas toujours abouti par manque de rigueur.
A suivre!
