Héros et éclopés.
L’infirmité est diversement exploitée au cinéma. Sujet de dérision saupoudrée d’humanisme douteux chez ces crétins de frères Farelly (« Mary à tout pris » ou pire « L’amour extra-large », horrible!) Sujet de compassion dénuée de complaisance dans le très beau « Chère inconnue » de Moshe Mizrahi (1979) ou Jean Rochefort campe avec beaucoup de sensibilité et de nuance un paralytique décidé à trouver l’amour. Sujet de document mettant en scène de véritables curiosités de la nature, chez Tod Browning dans le mythique « Freaks ». Je passe sur les mutilés de guerre et le pathétique inhérent au sujet « Retour » de Hal Hashby, « Voyage au bout de l’Enfer » de Michael Cimino, « Né un 4juillet » de Oliver Stone. Il y a enfin les mutilés volontaires, tel Lon Chaney se coupant les bras pour l’élue de son coeur effrayée par les hommes dans « L’inconnu » de Tod Browning (Encore!) ou encore Gérard Desarthe simulant la cécité au moyen de lunettes opaques dans le très étonnant « Les yeux fermés » de Joel Santoni.
Mais l’infirmité au cinéma est d’abord et souvent mise en scène de façon sardonique ou….héroique! Eh oui, l’infirme vaillant est une figure filmique! Principalement, presque exclusivement en Italie et en Asie -Hong Kong et Japon- Voici donc un assortiment de ces figures, grandioses ou pathétiques sous le patronage de Ted Vollrath, premier champion de Karaté handicapé!

Est-ce vrai ou non? Il semblerait que le premier héros mutilé serait Tange Sazen, samourai solitaire, trahi, borgne et manchot, ronin par excellence sans situation ni maître apparu d’abord dans les livres de Hayashi Fubo au début du XXè siècle avant d’être transposé à l’écran dès l’époque du muet. Le personnage connut plusieurs vies cinématographiques et ce jusque dans les années 60, puis télévisuelles jusqu’au début des années 2000.

Il y a plus célèbre hors du Japon que Tange Sazen, Zato Ichi le masseur aveugle qui eut également une longévité exceptionnelle depuis le premier film « La légende de Zato Ichi » en 1962 jusqu’à la fin des années 80, interprété par Shintaro Katsu. Takeshi Kitano en donna sa propre version en 2003.

Inspirés par le succès des estropiés nippons, les producteurs hong kongais Run Run et Run Me Shaw de la mythique firme Shaw brothers répondirent avec le sabreur manchot de « Un seul bras les tua tous » de Chang Cheh (1967) incarné par Jimmy Wang Yu, lequel découvrit les arts martiaux par ce film. Il était en fait à la base champion olympique de….natation! Traverserait-il la Seine avec madame Hidalgo?



En raison de son succès « Un seul bras les tua tous » connut en 1968 une suite « Le bras de la vengeance » toujours réalisé par Chang Cheh et toujours avec Wang Yu dans le rôle principal. Ce dernier sans doute fatigué par le personnage et par la machinerie de la Shaw brothers préféra aller voir ailleurs puis fut remplacé par David Chiang dans un autre rôle de sabreur trahi, amputé puis vengeur dans « La rage du tigre » encore une fois réalisée par Chang Cheh.


Plus tardivement, Chang Cheh se fendit en 1978 d’un nouvel opus consacré à l’infirmité combattante dans « La vengeance des infirmes » ou il n’y a pas cette fois un éclopé mais plusieurs et pour tous les goûts. Un manchot, un sourd, un aveugle. Qui dit mieux? Chang Cheh jouait ici à Monsieur Plus!


Pour en finir avec les mutilés asiatiques, il y a le fauché, terrible et fascinant film Taiwanais « Les monstres du Kung fu/ The crippled masters » de Joe Law histoire de vengeance semblable à beaucoup à cela près que les deux héros mutilés l’étaient vraiment dans la vie. Dérangeant.



Le western italien n’a pas été avare en personnages infirmes. Le maître du genre Sergio Leone en offrit pas moins de trois dans « Le bon la brute et le truand », le borgne qui confie le secret du trésor à Eli Wallach dans la diligence, le cul de jatte qui renseigne Lee Van Cleef (« ‘Pour t’acheter de nouveux fers ») et enfin le manchot qui tente de se venger d’Eli Wallach, responsable de son état.


Mais à côté de ses figures fugitives servant de faire-valoir, il y a aussi les héros, l’un des plus connu fut et demeure le Zato Ichi version pistolero de « Blindman » de Ferdinando Baldi (1971) qui protège des femmes promises à la vente par un sinistre proxénète incarné par… l’ancien Beatle Ringo Starr. Tony Anthony l’acteur du rôle-titre était américain mais fit sa carrière en Italie, et semble-t-il essentiellement dans le domaine du western.


Chez les manchots comme au pays de Candy, il y a les méchants et les gentils. Jack Palance dans « Le clan des McMasters » campe un beau spécimen de salopard à bras unique, ancien militaire confédéré accroché à son uniforme et raciste. Forcément.

A suivre….
