Au bonheur des chauves
Après les borgnes, les chauves. Je sais, je sais, certains parmi vous me diront en se frappant la tempe d’un index décidé: « Et maintenant, les chauves! Et la prochaine fois, quoi? Les unijambistes? Les culs de jatte? Les fans de Jean Jacques Goldman? » Rassurez vous, je n’en suis pas, du moins pas encore, à ce point de déliquescence mentale. Mais pourquoi les chauves, au fait? Car comme nombre de caractéristiques, la calvitie parfois volontaire peut devenir un outil de mise en scène ou encore une marque de fabrique.
Alors, allons-y, au pays des têtes de genou, des crânes d’obus, des dômes de savon, le tout sous le patronage de l’un des plus célèbres d’entre eux: Yul Brynner!
Yul Brynner, homme aux multiples secrets et mystères, le moindre n’étant pas celui de sa date de naissance. Pas celle de son décès, 1985, ou le malheureux perdit la vie presque en même temps que la fripée Signoret et Orson Welles. Yul Brynner était entre autres choses un polyglotte distingué, parlait fort bien notre langue et aimait notre pays au point d’y acheter une ancienne abbaye en Touraine (La région de mes grands parents, mais ça vous vous en foutez, ça fait rien j’avais envie de le dire!) devenue après son rachat en 2006 par un certain monsieur Marc-Olivier Gribomont une sorte de musée à sa gloire.

Yul avec des cheveux. Les siens.



Faut-il présenter Telly Savalas, le lieutenant Theo Kojak de Manhattan? L’homme était un joueur de Poker de grande classe et avait eu de l’idée de raser sa pilosité survivante lorsqu’il joua le rôle de Ponce Pilate dans la fresque biblique « La plus grande histoire jamais contée ».

« De Hollywood à Tamanrasset » de Mahmoud Zemmouri (1990) comédie franco-algérienne qui décrit la chute dans la folie d’un quartier dont les habitants se prennent pour des personnages de série télé américaines. L’un d’eux se prend d’ailleurs pour Kojak. Interprété par Areski Nebti.

Non, ce n’est pas Jean Lassalle retour du coiffeur mais Jacques Seiler, l’homme au nom drôle et au crâne poli, inoubliable second rôle au cinéma et plus encore à la télévision, notamment dans « Vidocq », « Les nouvelles aventures de Vidocq » et « Les mystères de Paris » ou il se montrait très convaincant en maître d’école (Pas le genre d’instit’ recommandable, hein!) Il fut aussi le mythique sergent Bellec des « Bidasses en folie » de Claude Zidi, militaire borné qui faillit avoir son propre film, lequel ne se fit pas suite au refus de Zidi. Mais Jacques Seiler fut d’abord et surtout un homme de théâtre, comédien et metteur en scène talentueux et préférait cette discipline au cinéma qui, il est vrai, ne l’avait pas forcément bien servi. Le secret de son crâne? Le monsieur qui était également sportif se l’était rasé parce qu’il faisait de la plongée sous-marine.

La gargouille vivante du cinéma français (Après Paul Préboist, bien sûr!) Selon ses propres dires. Si vous le dites monsieur Emilfork, Daniel de votre prénom, c’est que cela doit être vrai! Gueule du cinéma français d’innombrables films allant du polar au fantastique en passant par l’Eurospy (Ah, « OSS 117 se déchaîne »!) figure de la télévision (Il était le Kanak, médecin cannibale de « Chéri-bibi ») et du théâtre, il était un personnage délirant aux réparties cinglantes dont certains ,et pas des moindres, firent les fais. Ainsi il répondit à Alain Robe-Grillet qui lui trouvait une gueule de gangster : »Monsieur, quand vos ancêtres grimpaient aux arbres, les meins lisaient le Talmud! »

Chaque détail a ses diables, ici ils ont pour nom Matzneff et Foucault. Le romancier et diariste incapable de parler d’autre chose que de lui et ainsi qu’il le disait en citant honteusement Baudelaire de « Ses amours décomposées ». Charmant titre pour décrire ses abus qui le menèrent jusqu’en Asie, en particulier les Philippines. Toutefois ces épisodes, il se garda de les évoquer, muselant pour une fois son exhibitionnisme pathologique. Le sociologue préférait quant à lui le Maghreb. Laurent Binet dans son roman satirique sur le Structuralisme « La septième fonction du langage » ironisa sur le sujet lors d’une scène ou l’un des très jeunes amants de l’impétrant félicite ce dernier de la sorte: »Oui, Michel, tu es gentil et tu as une BELLE queue! » En fait, il n’y a pas de quoi rire. Le tourisme sexuel n’est pas une plaisanterie.


Passons à des choses plus saines. Brando en colonel Kurtz, seigneur de la jungle, guerrier et non plus soldat, puni d’avoir trop bien compris ce qu’était la guerre. Le crâne rasé donne au personnage l’air d’un Bouddha à la fois las menaçant.

Finissons en beauté par le plus beau: Michael Berryman. Révélé par son apparition dans « Doc Savage arrive » puis popularisé par son rôle de tueur consanguin dans « La colline a des yeux » de Wes Craven, l’acteur fit une carrière entièrement consacrée aux personnages monstrueux, physique oblige. Et au service de productions…euh… nanardesques? Si vous voulez me passer ce néologisme.
A la différence des déplumés cités plus haut, Berryman ne devait son état ni à l’âge, ni à une fantaisie, et encore moins à un rôle, mas çà une maladie qui lui avait donné cette physionomie pour le moins singulière et dépourvue de tout poils. A noter que l’homme était un fervent défenseur de la cause animale. Les animaux, nos amis à poils!

Enfin, l’invité d’honneur!

