La guerre d’Algérie par René Vautier et Yves Boisset. Ou la contestation de la guerre.
La guerre d’Algérie…plus de soixante ans après sa fin suite aux accords d’Evian, ce conflit demeure un sujet aussi complexe que sensible. Le cinéma français l’a peu abordée pour des raisons diverses et évidentes. Dans ces conditions, les réalisateurs qui s’y sont frottés n’ont pas manqué de courage, peu importe leur point de vue.
Aujourd’hui, il sera question de deux d’entre eux marqués par leur engagement à gauche et dont les films consacrés au sujet traité par dans cet article ont forcément suscité la controverse. A ce sujet, il me semble bon de rappeler que ce blog n’a pas un caractère politique. Cependant, au vu du thème du jour, il est impossible d’éviter le contexte et donc la politique. L’un des motifs du déchirement causé par ce conflit fut le souci que les français en avaient. A la différence de l’Indochine, l’Algérie c’était la France d’une part, et d’autre part, le recours au contingent y avait eu lieu. Et massivement.
Autrement dit, pour une bonne part d’entre eux, les soldats présents dans les djebels n’étaient ni engagés, ni volontaires, mais des jeunes hommes qui n’avaient rien demandé. Certains subirent, d’autres désertèrent, d’autres encore rendus furieux par le traitement infligé à leurs camarades se laissèrent aller au pire.
C’est de cela dont parlent « Avoir vingt ans dans les Aurès » et « R.A.S »
Sans plus tarder, entrons dans le vif!
« Avoir vingt ans dans les Aurès » de René Vautier (1972)
Une section de soldats formant un bataillon de chasse se trouve confronté aux horreurs de la guerre.
Mon Dieu, en écrivant ce résumé, j’ai eu l’impression de rédiger la quatrième de couvertures d’un roman de Konsalik. Mais comment faire autrement tant le scénario du film de Vautier tient sur une feuille de papier à cigarette. Certes, il existe des films dont l’argument est mince mais les développements riches. Ce n’est pas le cas ici. Et pour cause. Une caméra jamais au bon endroit. Un montage bancal. Des dialogues maigrichons, un script poussif et des acteurs peu convaincants et peu convaincus (En particulier Philippe Léotard, plus absent que jamais dans le rôle de l’officier) Par contre, y’a des chansons, de Vautier ne personne s’il vous plait, ah il la pousse la chansonnette avec des paroles que Renaud hésiterait à chanter (« Fous pas tes pieds dans cette merde », ça c’est du texte!) Le budget évidemment rachitique ne peut servir d’excuse, « Charlie bravo » autre histoire d’une unité militaires égarés aux faibles moyens se tirait autrement mieux d’affaire.
Voila pour la forme. Mais pour le fond?
On se fait tirer comme des lapins. On est blessé et même qu’on meurt. Les officiers sont des salauds et en plus le rata est dégueulasse. Bien sûr que tout cela est vrai ou presque. L’ennui est que l’antimilitariste, anticolonialiste, antiraciste, antibactérien (Euh, non, je m’égare là!) Vautier ne sait pas servir son discours. C’est grave. C’est d’autant plus grave que l’homme est coutumier du fait. Déjà ses premiers efforts documentaires dénonçant les agissements de la France en Afrique étaient un désastre, souffrant d’un commentaire dit par Vautier lui-même avec un débit mitraillette. Soit, il en disait plus que dans « Avoir vingt ans… » mais c’était de toute façons raté.
Cinéaste médiocre et piètre propagandiste, Vautier avait au moins pour lui un sans certain de sa propre publicité. Voir sa grève de la faim suite aux méchancetés que lui avait fait la censure, suscitant une vague de protestations dans tous les hauts lieux du gauchisme.
Au moins faut-il lui reconnaître d’avoir abordé le sujet. Mais vu le résultat, était-ce bien la peine?






R.A.S De Yves Boisset (1973)
Des militaires rappelés en Algérie d’opinions diverses sont envoyés dans un bataillon disciplinaire avant de se retrouver sur le terrain.
« R.A.S » est d’une toute autre trempe. Cette dénonciation de la guerre est virulente mais se garde des excès coutumiers de son réalisateur, pour une fois nuancé dans son propos. Nombre des officiers décrits sont antipathiques (Michel Peyrelon et Claude Brosset, impériaux en ordures à képi) mais pas tous (Le commandant qi prend en charge l’unité dans la deuxième partie du film) Les appelés, pivots de l’histoire, offrent eux aussi une diversité intéressante, un communiste, un anar et un apolitique très bien campés par Jacques Weber, Jean François Balmer et Jacques Spiesser. Le montage nerveux et l’absence de complaisance dans la peinture de la violence ne donne que plus de force à la démonstration. Celle-ci, loin de la bêtise de celle de Vautier, a un but précis et évident dès les premières images: le drame des rappelés et, plus généralement de tous ceux qui se sont retrouvés à faire une guerre sans l’avoir demandé.
« R.A.S » est assurément un grand film, preuve en est l’influence qu’il a exercé en particulier sur un certain Stanley Kubrick qui lui empruntera plusieurs idées, notamment sa structure narrative.





En guise de conclusion? Il y aurait beaucoup à dire sur les différents regards portés sur ce qui fut une des grandes tragédies de notre histoire. Et ce en dépit de la rareté des films sur le sujet. Dans les cas que j’ai rapidement passé en revue, il s’agit clairement de dénoncer et comme tout pont de vue, ils ne tiennent compte que d’une partie de l’ensemble d’une situation. Obligatoirement, un point de vue est partial, aussi justes soient les arguments sur lesquels ils s’appuient. Pour ce qui concerne l’exemple de la guerre d’Algérie, cela n’a jamais été aussi vrai. Sa nature controversée s’y prête, quoiqu’on en pense.
A bientôt.
