Le cinéma français.
Aujourd’hui: « Un nuage entre les dents » de Marco Pico (1974)
Deux journalistes spécialistes de l’info poubelle toujours à l’affût du scoop croient en trouver un le jour ou l’un deux se persuade que ses enfants ont été enlevés.
Mal rasés et le cheveu gras, Philippe Noiret et Pierre Richard courent après une chimère dans un Paris à leur image: crasseux, entre visite d’un zoo et enlèvement d’un travesti, cuite homérique, hôpitaux, et chantiers douteux. Le tout entrecoupé des délires du directeur ( Claude Piéplu, excellent comme toujours) de la feuille qui emploie les deux gugusses susmentionnés, à qui la rédaction emboîte le pas avec enthousiasme.
Cracra. C’est le mot qui convient le mieux à « Un nuage entre les dents », aussi enfantin et peu élégant soit-il. Il n’est pas pour autant péjoratif, car il dépeint un Paris aujourd’hui disparu et, plus largement, constitue de par son âge un document sur uen époque et ses préoccupations. Enlèvements d’enfants, répressions des meurs supposément indécentes, et immigration clandestine dans ce cas précis. Il pointe également du doigt, et ce sans mépris aucun, les travers d’une certaine profession: le journalisme. L’opportunisme parfois dégoûtant (Quand Pierre Richard tente de prendre en photo une femme sur le point de se suicider) l’affabulation sincère (Le faux enlèvement des enfants de Pierre Richard) ou encore le manque de courage quand des intérêts sont en jeu (Quand Noiret renonce à publier son article sur le chantier douteux car ce dernier est trop proche des bureaux du journal ou il travaille)

Sans compter la complicité/rivalité entre les deux reporters. Mais encore une fois, le réalisateur Marco Pico ne méprise pas ses personnages, montrant à leur égard une réelle empathie et une reconnaissance de leurs qualités. En l’occurrence, l’acharnement et une passion pour leur métier, bien qu’en l’espèce celles-ci soient quelque peu déviées.
On notera par ailleurs les excellentes performances des acteurs. Outre celles de Richard et Noiret, il y a également les prestations de Piéplu (Déjà cité)Marc Dudicourt, Pau Crauchet et Michel Peyrelon, désopilant en travelo. Sans oublier la participation de l’éléphant échappé de son zoo.






« Un nuage entre les dents » avait suscité de grands espoirs, malheureusement déçus par ses faibles résultats commerciaux, ce qui relégua pour longtemps Marco Pico à son poste d’assistant-réalisateur. Non sans un certain bénéfice d’ailleurs puisque Pico supervisa la mise en scène du « Jouet » de Francis Veber ou figurait dans le rôle-titre une vieille connaissance de Pico: Pierre Richard. Pour l’anecdote, Pico fut engagé pour palier aux défaillances éventuelles de Veber dont c’était le premier film. A ce propos, Veber garda un très mauvais souvenir de sa collaboration avec Pico qu’il trouvait envahissant et autoritaire. Quoiqu’il en soit, Marco Pico se consacra ensuite à la télévision avant de revenir au cinéma en 1988. Il tourna le décevant « Savannah, la ballade » avec un Jacques Higelin en taulard évadé et surtout égaré qui enlève une gamine avec un comparse (Décidément, les enlèvements d’enfants ont l’air d’obséder Marco Pico) Afin d’être complet, je citerais les deux derniers films de cinéma de Marco Pico « La cavale des fous » (1993) ou Pico retrouvait Pierre Richard et enfin « Le dernier des pélicans » (1996)
Bon, c’est tout pour aujourd’hui, à bientôt!
