Le cinéma fantastique.
Aujourd’hui: « Videodrome » de David Cronenberg USA/Canada (1982)
Max Renn directeur jeune et dynamique d’ une chaîne de télévision privée versée dans le sexe et la violence reçoit un jour un programme émanant d’un correspondant anonyme: « Videodrome ». Sans générique ni crédit d’aucune sorte, ce dernier ne propose que des séances de torture pratiquées par des bourreaux masqués ans ce qui semblent être des caves aux murs d’argile rouges. Le choc infligé par cette vision n’est que le premier des bouleversements que va subir Max au cours du récit. Il va entre autre s’avérer que l’étrange émission va affecter non seulement la psyché mais aussi le corps de Max.
Eut un temps ou le statut de film culte parut enviable à de nombreux cinéastes. Autrement dit, un film ne trouvant pas son public dès sa sortie mais rassemblant des adeptes au fil des ans. « Videodrome » connut ce sort, essuyant un cuisant échec lors de sa sortie américaine en janvier 1983 avant de réunir un cercle d’admirateurs fanatiques. Pour autant est-ce justifié? Rempli d’images délirantes, énigmatique tout en l’étant moins que certains le dirent alors, « Videodrome » est de ces rares films à posséder un caractère prophétique. Il suffit pour s’en convaincre de prêter attention à l’histoire de ce directeur de chaîne un brin arrogant cobaye malgré lui d’une expérience qui le rend dépendant d’un programme sans forme mais flattant les pires instincts humains. N’est-ce pas ce qui est arrivé à bien regarder la place prise par la télévision puis par Internet dans nos vies?
Cela est vrai pour vous et moi qui avons d’abord vécu dans un monde ou cette technologie n’existait pas, mais prend une dimension encore plus forte chez la jeunesse née en même temps que cet environnement, lequel affecte parfois durablement leur psychologie voire leurs physique – voir à ce sujet les cas d’obésité dus à de trop longues heures passées devant les écrans. Sans compter la manipulation et l’exhibition inconséquentes que permettent ces nouveaux moyens de communication, causes de harcèlement et parfois hélas de suicide chez les plus fragiles.
Aussi les mutations monstrueuses subies par le héros du film apparaissent-elles désormais presque relever – toutes proportions gardées- du réel plutôt que de la fiction.
Un grand film, servi par d’excellents acteurs, à commencer par James Woods dans le rôle principal, Debbie Harry en psychologue qui renonce à ses principes après être tombée sous l’emprise u dangereux programme. La chanteuse débauchée de Blondie se révèle ici bien meilleure comédienne que lors de ses débuts peu convaincants dans « Union city », et ce bien que son personnage ait perdu de l’importance en cours de tournage au profit de celui de Sonja Smits dont Cronenberg tomba amoureux. Il ne faut pas non plus oublier les excellents effets spéciaux de Rick Baker qui servent l’histoire et non le contraire comme c’est trop souvent le cas de nos jours.
Enfin, il convient de signaler l’influence de « Videodrome » , notamment sur « Tetsuo » qui partage un traitement identique du thème des mutations monstrueuses, « Idiocracy » pour le thème de l’influence néfaste de la télévision sur les esprits, allant en l’espèce jusqu’à la crétinisation. Et bien d’autres.
Un grand film à redécouvrir d’urgence.





