Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers

Un air anglais, le retour…

Flagellations, satanisme et cannibales venus d’ailleurs. Quand le Royaume uni suit la pente de l’étrange et du vice!

Années 70, années de libération propices pour le meilleur et pour le pire aux expérimentations et aux délires de toutes sortes. Et de tous les opportunismes, corollaire inévitable dès que les vannes s’ouvrent. Pour quelques cinéastes inspirés, combien d’artistes autoproclamés nuls et prétentieux? Pour quelques heureux délires, combien de croûtes infâmes commises par des margoulins? Certes, il y a des produits commerciaux de qualité et des oeuvres artistiques minables, et il y aurait à dire sur l’idée fort discutable entre l’art et le commerce, surtout quant il s’agit de cinéma, lequel est un mélange des deux. Mais ce n’est pas le sujet. Mais cela me permet de faire le lien avec les raretés du cinéma insulaire. Celles que j’ai choisi pour illustrer ce chapitre sont le fruit du travail de réalisateurs qu’aucune encyclopédie du 7è art (Si elles existaient encore, j’ai des doutes) ne citera en exemple. Ils ont cependant le mérite d’aborder franchement certains sujets à une époque ou ceux-ci n’étaient pas à la mode en dépit de la permissivité de l’époque de leur sortie.

Allons-y!

« Flagellations/House of whipchord » de Pete Walker (1974)

Une jeune femme perdue un soir de pluie en pleine campagne se retrouve prisonnière dans une institution tenue par des vieillards qui semblent s’être donné pour mission de corriger la jeunesse à grands renforts de châtiments corporels divers et variés, dont les flagellations du titre français, au nom de principes moraux obscurs mais visiblement puritains.

Sorti en pleine libération des moeurs, « Flagellations » avec sa maison de correction privée prend le contrepied des idées de son temps en cela que le réalisateur prend parti pour les bourreaux des victimes post-adolescentes. Le doute en l’espèce n’est pas permis en regard du carton qui précède le générique d’ouverture: « Ce film est dédié à tous ceux qui souhaitent le retour de la peine de mort et des châtiments corporels »

Pete Walker, réalisateur qui fut actif du début des années 70 au début des années 80, se consacra essentiellement à ce qui pourrait être qualifié de cinéma d’horreur social. Souvent situés dans l’Angleterre profonde, ou en tous cas celle des gens très moyens, ils traitent des déviances qui affectent des individus ordinaires le cannibalisme (« Frightmare ») la folie (« Schizo ») et autres joyeusetés. Il arrive aussi que Walker prenne pour cadre les milieux artistiques comme le théâtre dans « Stagefright » ou la musique pop dans « The comeback ». Connu pour être réactionnaire, à en juger par le peu de cas qu’il fait des jeunes dans nombre de ses oeuvres, il se lâche ici en livrant des tendrons aux mains de tortionnaires chenus.

Que dire? Pour être honnêtes envers vous amis lecteurs, ce film m’a laissé perplexe quant aux motivations réelles de l’auteur. Ce mépris affiché pour la modernité est-il sincère ou relève-t-il de l’argument commercial? Walker cherche-t-il à prendre une revanche sur les filles qui n’ont pas voulu de lui lors de ses primes années? Je plaisante. En tous cas, il y a quelque chose de paradoxal dans cette démarche qui consiste à dénoncer le vice tout en l’étalant à longueur de pellicule. Ainsi qu’une difficulté à aller au bout de son discours, constante chez Pete Walker. Cependant, « Flagellations » se distingue dans la filmographie de son metteur en scène en cela qu’il a bénéficié de plus de soin que ses pairs. Cadrages, photographie et même jeu des acteurs, tout le hisse au dessus du film d’exploitation moyen. Il en résulte un produit pas vraiment abouti, dérangeant par son puritanisme mal assumé mais fascinant par sa singularité.

« L’esclave de Satan/ Satan’s slave » (1976) et « Le zombie venu d’ailleurs/Prey » (1977) de Norman J. Warren.

Comme on disait autrefois, top à Norman J. Warren, autre réalisateur britannique indépendant, représentatif de cette ultime vague fantastique et horrifique anglaise qui déferla à la fin des années 70 pour refluer au début de la décennie suivante.

Dans « Satan’s slave », une jeune femme découvre lors de son anniversaire qui se tient à la campagne qu’elle est impliquée dans une sombre et ancienne histoire de sorcellerie.

Que voila une affaire vite expédiée! Du sexe, de la violence et de la sorcellerie, le tout dans la campagne anglaise. Bon c’est sexuel, c’est violent et c’est sorcier mais surtout très confus alors que la trame est en fait très simple. Et après? Du sexe, de la violence et de la sorcellerie comme le promet la très belle affiche. Du sexe, de la violence et de la sorcellerie, le film a au moins pour lui de respecter le contrat avec le spectateur. Mais un scénario en plus eut été le bienvenu.

Plus intéressant en revanche s’avère « Le zombie venu d’ailleurs » dont e point de départ rappelle celui du « Renard » avec son couple de lesbiennes rurales face à l’intrusion d’un homme dans leur vie. Un homme? En fait non. Un être mâle certes mais certainement pas humain car s’il n’est en rien un zombie, il vient bel et bien d’ailleurs et est avide de chair humaine.

Si le thème n’a en soi rien d’original, son traitement l’est nettement plus. Car l’aspect le plus intéressant de l’histoire réside dans l’effet que produit cet être sur les deux femmes qui forcément ne peuvent deviner la nature véritable de ce visiteur inattendu. Forcément, on ne trouve pas un extraterrestre dans son jardin tous les jours et, en l’espèce, ce dernier n’a rien d’un rondouillard jovial en costume jaune qui accoure parce qu’il a pris les pets de deux vieux paysans pour un appel. C’est l’appel en Pet CV.

Je redeviens sérieux. Donc, le mâle étrange ramène la moitié la plus féminine à ses pulsions primaires au grand dam de sa compagne dont la jalousie confine à la névrose. Bien sûr, cela finira mal.

« Le zombie venu d’ailleurs » a donc des personnages, une histoire et un propos. Il est dans une certaine mesure affecté par un rythme trop lent du à son manque de moyens, défaut fréquent dans le cinéma d’exploitation. Mais les forces compensent ces faiblesses et maintiennent ainsi l’intérêt.

A bientôt!


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